L’homme sans postérité, Adalbert Stifter

Le plus déroutant peut-être de tous les romans de Stifter, qui fut lui-même la figure la plus singulière, la plus énigmatique du post-romantisme allemand.
Un adolescent rend visite à son oncle, un vieux célibataire endurci qui vit cloîtré dans un étrange domaine : sur une île au milieu d’un lac perdu dans les montagnes. L’oncle parle peu, n’a pas l’air commode. À la fin du séjour, et sans que rien entre eux soit clairement formulé, il aura légué à son jeune hôte son bien le plus précieux : l’esprit de solitude.
Tout en feignant de n’évoquer que la vie la plus ordinaire, Stifter nous convie sans en avoir l’air à écouter entre les mots la voix de la différence, de l’infrangible singularité des êtres : voix du désir éperdu d’« être soi » envers et contre tout – c’est-à-dire envers et contre la société des hommes. Dès lors s’explique-t-on l’admiration qu’un Nietzsche à pu porter à cette œuvre. Continuer de lire L’homme sans postérité, Adalbert Stifter