Mémorial de la terre océane – Kenneth White

En tout temps, le propos de toute poétique lucide et conséquente a été de créer un rapport substantiel entre l’être humain et la Terre. À une époque où l’on parle de sauver la planète, où les discours écologistes abondent, manque, de toute évidence (mais qui sait voir?) une parole à la fois profonde, intellectuellement et culturellement fondée, et spacieuse, c’est-à-dire faisant respirer l’esprit. Les livres publiés par Kenneth White au Mercure de France depuis la fin du XXe siècle – Les Rives du silence, Limites et Marges, Le Passage extérieur, Les Archives du littoral – vont tous dans ce sens. C’est dans ce Mémorial de la terre océane qu’ils trouvent leur apogée. Continuer de lire Mémorial de la terre océane – Kenneth White

Walter Benjamin 1892-1940 – par Hannah Arendt

La gloire posthume est le lot des inclassables. On n’a mesuré l’importance de Walter Benjamin qu’après sa mort. Au croisement de la biographie, de la philosophie politique et de la critique littéraire, Hannah Arendt retrace dans cet essai daté de 1971 le destin individuel et l’itinéraire spirituel d’un homme pris dans “les sombres temps”. La vie de Benjamin ne fut qu’un “entassement de débris”, placée sous le signe de la malchance. Ce mélange de faiblesse et de génie le rendait totalement incapable de faire face aux difficultés de l’existence.
Arendt, fidèle aux grands thèmes qui structurent sa pensée, analyse ses rapports tourmentés avec la judéité et le marxisme, son amour de Paris et de la flânerie ainsi que ses relations complexes avec les intellectuels de son temps. Plongeant au plus intime de l’œuvre, elle décortique la façon unique en son genre qu’il avait de “penser poétiquement”. Philosophe elle-même inclassable, Hannah Arendt était la mieux à même de saisir la subtilité de la figure de Walter Benjamin. Le portrait sensible qu’elle dresse de cet homme constitue sans conteste la meilleure introduction à son œuvre. Continuer de lire Walter Benjamin 1892-1940 – par Hannah Arendt

Hildegarde – Léo Henry

Religieuse, visionnaire, scientifique, poétesse et compositrice, l’abbesse Hildegarde de Bingen n’a cessé, depuis sa mort, d’inspirer femmes et hommes. Figure totale du Moyen-âge européen, elle déborde des limites du 12è siècle et de la vallée Rhin où elle vécut : depuis sa berge de fleuve, entre Mayence et Cologne, Hildegarde rayonne sur l’univers entier.

Née au moment où la première Croisade arrive à Jérusalem, elle meurt tandis que naissent les premiers chevaliers de romans. À son expérience de femme de pouvoir, son œuvre mêle observations et visions, unissant sous une même énergie vitale les mondes réels, imaginaires et divins. Léo Henry crée, autour de Hildegarde, un livre-monde qui emprunte ses formes autant au récit épique, qu’à l’hagiographie ou au roman picaresque. Une fresque, qui court de la création du monde à l’Apocalypse, et explore l’intrication du temps qui passe et des histoires que nous nous racontons.

Inclassable et foisonnant, Hildegarde est un roman merveilleux, un roman de l’émerveillement. Continuer de lire Hildegarde – Léo Henry

Être forêts. Habiter des territoires en lutte – Jean-Baptiste Vidalou

Depuis une dizaine d’années, que ce soit dans les bois de Sivens, à Notre-Dame-des-Landes, à Bure ou dans les Cévennes, il est évident qu’il se passe quelque chose du côté de la forêt. Certains ont commencé à habiter ces espaces, avec la détermination de sortir du monde mortifère de l’économie. Un tout autre rapport au monde s’y bâtit, à l’opposé de cette science militaire qu’est l’aménagement du territoire – ici contre un barrage, là contre un aéroport, ou une extraction de biomasse.
Ce n’est pas qu’une affaire locale : les paysans du Guerrero au Mexique se battent depuis plus de dix ans pour libérer leurs forêts des exploitants, les trappeurs du peuple cri du Canada défendent la forêt boréale de Broadback contre la déforestation, les Penan de Bornéo s’arment de sarbacanes contre les compagnies de plantation de palmiers à huile… Partout des luttes résonnent de cette même idée : la forêt n’est pas une réserve de biosphère ou un puits de carbone.
La forêt, c’est un peuple qui s’insurge. Nous sommes allés à la rencontre de ces forêts et de celles et ceux qui les défendent. Nous y avons découvert des continents innombrables, des sentiers inédits, des êtres ingouvernables. Toute une géographie depuis laquelle il était possible, enfin, de respirer. Continuer de lire Être forêts. Habiter des territoires en lutte – Jean-Baptiste Vidalou

Le monde de Rocannon – Ursula K. Le Guin

Cette planète sans nom du système stellaire de Fomalhaut est l’enjeu d’un conflit entre la Ligue de tous les mondes et un Ennemi inconnu. Cinq espèces intelligentes se la partagent. Aucune n’a dépassé le niveau féodal. Certaines communiquent par la pensée. Rocannon, ethnologue, y est envoyé par la Ligue afin d’observer les peuples qui l’habitent avant l’arrivée d’une mission technologique qui assurera le développement de la société la mieux placée.
Mais l’Ennemi surgit de l’espace avant que le plan ne soit accompli.
Avec une poignée de compagnons, Rocannon, devenu Olhor l’Errant, le Seigneur des étoiles, va entreprendre de chasser les envahisseurs.
A mi-chemin de la fantasy et de la science-fiction, Le Monde de Rocannon est le premier roman du cycle de Hain qui couvre une partie de la longue histoire de la Ligue de tous les mondes, à laquelle succédera l’Oecumène. II comprend Planète d’exil, La Cité des illusions, La Main gauche de la nuit, Les Dépossédés, Le nom du monde est forêt, Le Dit d’Aka et de nombreuses nouvelles. Continuer de lire Le monde de Rocannon – Ursula K. Le Guin

La personne et le sacré – Simone Weil

« L’essai sur La personne et le sacré, qu’a écrit Simone Weil à Londres dans la dernière année de sa vie, ne cesse de nous interpeller pour au moins deux raisons. La première est la critique sans réserve du concept de personne, qui, à plus d’un demi-siècle de distance, n’a rien perdu de son actualité. La seconde – sans doute tout aussi actuelle – est la recherche acharnée et passionnée d’un principe qui se place au-delà des institutions, du droit et des libertés démocratiques, et sans lequel celles-ci perdent tout sens et toute utilité. Ces deux raisons – qu’illustrent en quelque sorte les deux termes du titre de l’essai – s’y trouvent aussi étroitement liées que la trame et la chaîne d’un tissu et, si nous tentons ici de les distinguer, le lecteur ne devra pas oublier que, dans la pensée profonde de Simone Weil, elles sont, en réalité, inséparables. » (Giorgio Agamben) Continuer de lire La personne et le sacré – Simone Weil

Colette Magny. Citoyenne-blues – Sylvie Vadureau

Bien qu’elle n’ait jamais appris les codes de la musique, Colette Magny a bousculé le paysage musical et poétique français. « Citoyenne-blues » nous plonge dans le parcours d’une artiste hors-norme qui, malgré un éveil politique tardif, a mis son talent au service de l’idéal révolutionnaire et de sa soif de justice, de solidarité et de fraternité. Naviguant à contre-courant et face à une censure systématique, son engagement total et son intégrité ont marqué les esprits. De son enfance aux planches de l’Olympia en passant par sa prise de conscience politique, « Colette Magny, Citoyenne-blues » vous plongera dans le parcours atypique de cette artiste exceptionnelle qui a porté la voix des oublié•e•s de l’Histoire jusque dans les amphithéâtres et les usines en grève. Continuer de lire Colette Magny. Citoyenne-blues – Sylvie Vadureau

Fantaisie militaire/Alain Bashung – Pierre Lemarchand

C’est un soldat sans joie qui s’attelle en 1996 à l’élaboration de son dixième album studio. Alain Bashung doit surmonter alors un épisode douloureux qui infuse et enrichit les textes ciselés avec Jean Fauque, mais tous deux prennent toujours soin de brouiller les pistes. Sur le plan musical aussi, Bashung souhaite rester insaisissable : il multiplie les ateliers expérimentaux confiés à des musiciens encouragés à le surprendre. Compagnons de route de longue date ou nouveaux venus dans son univers, chacun donnera le meilleur de lui-même pour accompagner cette voix respectée du rock à la française.

L’objet de ce livre est de donner à voir ce processus de création, celui d’un album qui concilie simplicité mélodique et complexité harmonique, longue maturation et place faite à la spontanéité, un album qui mêle instruments organiques et sons issus de machines, dessein secret et création collective. Disque de la maturité, disque de l’aboutissement, Fantaisie militaire est surtout une échappée belle. Continuer de lire Fantaisie militaire/Alain Bashung – Pierre Lemarchand

Le déploiement – Nick Sousanis

La première thèse de doctorat en bande dessinée soutenue aux Etats-Unis. Une épopée scientifique, dans laquelle Sousanis s’intéresse aux limites de notre système perceptif, à nos conditionnements et aux moyens de nous en libérer pour déployer nos potentialités. En même temps qu’un éloge de la bande dessinée, et une démonstration inventive, par l’exemple, des ressources de la pensée visuelle. Continuer de lire Le déploiement – Nick Sousanis

La recomposition des mondes – Alessandro Pignocchi

Que se trame-t-il exactement sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes ?

Notre anthropologue dessinateur mène l’enquête : s’agit-il d’un kyste peuplé de hippies violents ? Trop drogués pour comprendre qu’il faut partir puisque le projet d’aéroport est abandonné ? Ou de l’avant-poste, en Occident, d’un nouveau rapport au monde, affranchi de la distinction entre Nature et Culture ?

L’enquête emprunte des chemins imprévisibles sur ce bocage qui, d’emblée, nous absorbe, nous transforme et recompose les liens que nous entretenons avec les plantes, les animaux et le territoire.

Ancien chercheur en sciences cognitives et philosophie, Alessandro Pignocchi s’est lancé dans la bande dessinée avec son blog, Puntish. Son premier roman graphique, Anent. Nouvelles des Indiens Jivaros (Steinkis), raconte ses découvertes et ses déconvenues dans la jungle amazonienne, sur les traces de l’anthropologue Philippe Descola. Dans les deux suivants, Petit traité d’écologie sauvage et La Cosmologie du futur, il décrit un monde où l’animisme des Indiens d’Amazonie est devenu la pensée dominante, et où un anthropologue jivaro tente de sauver ce qui reste de la culture occidentale.
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Alpha … directions (Le Grand Récit/vol.1) – Jens Harder

Quatorze milliards d’années résumées en à peine plus de 350 pages, tel est le tour de force réalisé par Jens Harder. Alpha …directions relate et montre, comme on ne les avait jamais vues, l’évolution des formes de vie, depuis le big bang jusqu’à l’apparition de l’homme. Ces pages impressionnantes confrontent aussi l’état actuel de notre savoir avec les croyances et représentations des époques antérieures, souvent naïves ou fantastiques, telles que l’iconographie en porte témoignage.
Alpha…directions est le premier livre d’une trilogie en quatre volumes composant Le Grand Récit. Continuer de lire Alpha … directions (Le Grand Récit/vol.1) – Jens Harder

Manifeste incertain / Emily Dickinson . Marina Tsvetaieva – Frédéric Pajak

Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva n’ont apparemment pas grand-chose en commun. La première reste recluse chez elle, à Amherst, dans la vallée du Connecticut, tandis que la seconde, née à Moscou, étudie à Nervi, Lausanne et Paris ; contemporaine de la révolution d’Octobre, elle séjourne à plusieurs reprises en Crimée, avant de s’exiler en 1922 à Berlin, puis en Tchécoslovaquie et en banlieue parisienne. En 1939, elle retourne en Union soviétique où elle se suicide deux ans plus tard.

À travers les vies héroïques de ces deux femmes, le livre évoque deux aventures littéraires qui ont survécu à l’indifférence, à l’hostilité, voire à la censure. Femmes, elles ont refusé de se plier aux convenances et aux procédés du genre poétique, faisant preuve d’une inspiration existentielle à la fois féminine et universelle. Formellement, rythmiquement, métaphoriquement, elles ont bousculé l’ordre littéraire pour imposer un art poétique nouveau.

Ni Dickinson ni Tsvetaieva n’ont douté de leur postérité, convaincues que leur œuvre, surgie du plus profond de leur être, entrerait un jour dans la grande histoire de la poésie moderne. Continuer de lire Manifeste incertain / Emily Dickinson . Marina Tsvetaieva – Frédéric Pajak

Jeu et théorie du Duende – Federico Garcia Lorca

Texte d’une conférence prononcée en 1930, Jeu et théorie du duende “donne une leçon simple sur l’esprit caché de la douloureuse Espagne.” Mot espagnol sans équivalent français, le “duende” dérive, au sens étymologique du terme, de l’expression : “dueño de la casa” (maître de la maison). Le duende serait un esprit qui, d’après la tradition populaire, viendrait déranger l’intimité des foyers. Son second sens est enraciné dans la région andalouse. Le duende désignerait alors “un charme mystérieux et indicible”, rencontré dans les moments de grâce du flamenco, apparentés à des scènes d’envoûtement. Ces significations se rejoignent dans l’évocation d’une présence magique ou surnaturelle. Le duende provient du sang de l’artiste. “C’est dans les ultimes demeures du sang qu’il faut le réveiller”, écrit Lorca. Le duende serait une sorte de vampirisation qui injecterait un sang neuf à l’âme. De ce fait, il flirte avec la mort. En tant que forme en mouvement, García Lorca énonce que “le duende est pouvoir et non œuvre, combat et non pensée”. Là où le duende s’incarne, les notions d’intérieur et d’extérieur n’ont plus lieu d’être. Si le duende est universel et concerne tous les arts, c’est dans la musique, la danse et la poésie orale qu’il se déploie pleinement, puisque ces arts nécessitent un interprète. Or, le duende n’existe pas sans un corps à habiter. Ce minuscule décalage du regard qui donne à voir l’intervalle entre les choses, bouleverse le mode de pensée cartésien. Continuer de lire Jeu et théorie du Duende – Federico Garcia Lorca

Conversation avec Kitty Crowther – Véronique Antoine-Andersen

Le monde de Kitty Crowther est merveilleux, intense, sombre, tendre et onirique. Un monde magique qui ne peut laisser indifférent. A travers cette conversation, richement illustrée, avec Véronique Antoine-Andersen, Kitty Crowther se livre et nous dévoile une partie des clés de son univers si férocement poétique.

Kitty Crowther, née en 1970 d’une mère suédoise et d’un père anglais, vit et travaille en Belgique. Les mots et les images étant intrinsèquement liés, elle écrit et illustre tous ses albums destinés à la jeunesse. Son travail a été très tôt remarqué par la critique et couronné en Belgique et en France ainsi que dans de nombreux pays. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues et elle est souvent sollicitée à travers le monde pour donner des conférences et des workshops. En 2010, Kitty Crowther reçoit le Prix Astrid Lindgren qui est le plus prestigieux prix littéraire récompensant les auteurs de littérature d’enfance et de jeunesse : « Kitty Crowther ne se contente pas de nous livrer des histoires simples ou complexes, mais elle cherche aussi à faire passer la beauté et la magie du monde. » Continuer de lire Conversation avec Kitty Crowther – Véronique Antoine-Andersen

activer les possibles – Isabelle Stengers (dialogue avec Frédérique Dolphijn)

Mon métier est de lire et d’être transformée par ce que je lis.

Une introduction dialoguée avec une pensée foisonnante…

Philosophe des sciences, Isabelle Stengers a la réputation d’être à la fois difficile à lire et profondément transformatrice. Sa pensée nous entraîne de Dumas aux sorcières néo-païennes, de Deleuze à une nécessaire présence au monde. Elle redimensionne notre rapport au temps et nous fait voyager à travers les strates de pensées qui fondent son travail.

C’est par l’écrit qu’Isabelle Stengers propose au lecteur de se mettre en mouvement. Dans cet entretien, elle évoque ce que la lecture demande au lecteur : l’importance d’être conscient du type de rapport que l’on entretient avec une lecture, de ses offres de transformations, mais aussi des possibles empoisonnements dont elle est parfois porteuse.

Elle partage ses rencontres avec les auteur.e.s lu.e.s, rencontré.e.s ou encore ceux et celles avec qui elle a écrit et laisse percevoir les chemins d’écriture qui l’animent. Toujours, elle pose la question de l’après : quelle est notre capacité de sentir un texte et de nous en nourrir pour en faire quelque chose de neuf ?

Isabelle Stengers dit son rapport aux mots, à l’écriture, au monde, et nous demande de parcourir des lieux d’expérimentation et d’apprentissage pour partager des trajets de pensées pensantes. Continuer de lire activer les possibles – Isabelle Stengers (dialogue avec Frédérique Dolphijn)

Penser avec Donna Haraway – Elsa Dorlin & Eva Rodriguez (sous la direction de)

Donna Haraway est une figure majeure du féminisme contemporain. Biologiste, philosophe et historienne des sciences, ses recherches interrogent les mythes contemporains. Héritière de la tradition marxiste, elle questionne les effets de pouvoir des grandes divisions catégorielles propres à la Modernité : nature et culture, animal et humain, homme et femme, organique et technique, biologique et social, sujet et objet… Célèbre pour la façon dont elle a détourné le « cyborg », Haraway a ouvert la voie à un féminisme post-humain, insolent et geek qui rompt avec une certaine tradition essentialiste et technophobe. Le cyborg devient ce personnage tragique et ambigu qui incarne nos conditions matérielles d’existence comme nos devenirs politiques.
Donna Haraway nous invite à expérimenter d’autres points de vue, d’autres manières de voir, à construire des politiques de coalitions, d’alliances et de coévolutions inédites. Les extensions technologiques, les espèces animales « domestiques », les primates, ou encore les êtres génétiquement modifiés comme la souris Oncomouse, sont autant de compagnons de route avec qui nous partageons le monde et qui sans cesse nous interpellent et nous engagent.
Cette perspective est pleinement exprimée dans son texte « Les promesses des monstres », pour la première fois traduit en français dans le présent volume promesses accompagnées d’une dizaine de contributions autour de l’œuvre de Donna Haraway écrites par des philosophes, des historiens ou des sociologues situés dans différents champs et traditions de pensée.
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Libère-toi cyborg! Le pouvoir transformateur de la science-fiction féministe – ïan Larue

« Gynoïdes, sorcières, vampires, chiennes et souris de laboratoire : toutes sont liées à la cyborg de Donna Haraway. Reprenant la liste d’auteurs et autrices de science-fiction féministe citées à la fin du Manifeste cyborg, ïan Larue redéfinit cette figure fondatrice dans la pensée de la philosophe : « La cyborg, c’est l’esclave noire qui apprend à lire dans un roman d’Octavia Butler ; la jeune fille encapsulée qui, loin de se sentir handicapée, connaît des milliers de connexions ; la fille-orque transportée dans les étoiles. La cyborg est l’hybride suprême, hybride entre une femme réelle et un personnage de roman qui se superpose à elle pour la doter de mille nouvelles possibilités dont celle, fondamentale, de faire éclater capitalisme, famille et patriarcat. » Continuer de lire Libère-toi cyborg! Le pouvoir transformateur de la science-fiction féministe – ïan Larue

Manifeste des espèces compagnes – Donna Haraway

Ce livre propose un pari audacieux : prendre notre relation avec les chiens au sérieux et apprendre «une éthique et une politique dévolues à la prolifération de relations avec des êtres autres qui comptent». Car la catégorie des espèces compagnes est bien plus vaste que celle des animaux de compagnie, elle inclut en effet le riz, les abeilles, la flore intestinale, les tulipes… «Vivre avec les animaux, investir leurs histoires et les nôtres, essayer de dire la vérité au sujet de ces relations, cohabiter au sein d’une histoire active : voilà la tâche des espèces compagnes.» Pas de grands récits, donc, mais des histoires, dont le but est avant tout, dit Donna Haraway, de mettre des bâtons dans les roues au projet humain d’écrire seuls cette histoire. Des histoires d’amour, mais également de pouvoir, de conflits raciaux et d’idéologies coloniales, des histoires qui aident à élaborer des manières positives de vivre avec toutes les espèces qui sont apparues comme nous sur cette planète.
Quelle est notre capacité humaine à construire des relations d’altérité qui ne soient pas marquées par des rapports de domination, mais par des relations de respect, d’affection, d’amour — sans qu’il s’agisse d’anthropocentrisme ou d’anthropomorphisme? Voilà l’une des questions centrales que soulève ce livre devenu incontournable. Continuer de lire Manifeste des espèces compagnes – Donna Haraway

Gestes spéculatifs – Didier Debaise & Isabelle Stengers (sous la direction de)

La pensée spéculative trouve aujourd’hui une nouvelle actualité. Ce renouveau est indissociable de la mise en crise généralisée des modes de pensée qui, d’une manière ou d’une autre, devaient leur autorité à une référence au progrès, à la rationalité, à l’universalité. Mise en crise redoutable, car on ne s’écarte pas sans danger de ce qui a servi de boussole à la pensée euro-américaine depuis qu’il est question de modernité. Mise en crise nécessaire, car ces modes de pensée sont sourds à la nouveauté effective de notre époque, à la manière dont la mission de modernisation à laquelle ils adhéraient vire au cauchemar d’un enchevêtrement de ravages et d’impuissances. (…) Parler de « gestes spéculatifs », c’est, au contraire, mettre la pensée sous le signe d’un engagement par et pour des possibles qu’il s’agit d’activer, de rendre perceptibles dans le présent. Continuer de lire Gestes spéculatifs – Didier Debaise & Isabelle Stengers (sous la direction de)

Manifeste Cyborg et autres essais – Donna Haraway

« La fin du XXème siècle, notre époque, ce temps mythique, est arrivé et nous ne sommes que des chimères, hybrides de machines et d’organismes théorisés puis fabriqués; en bref, des cyborgs. Le cyborg est notre ontologie; il définit notre politique. Le cyborg est une image condensée de l’imagination et de la réalité matérielle réunies, et cette union structure toute possibilité de transformation historique. dans la tradition occidentale des sciences et de la politique – tradition de domination masculine, raciste et capitaliste, tradition de progrès, tradition de l’appropriation de la nature comme ressource pour les productions de la culture, tradition de la reproduction de soi par le regard des autres – la relation entre organisme et machine fut une guerre de frontière… » Continuer de lire Manifeste Cyborg et autres essais – Donna Haraway

Au bonheur des morts – Vinciane Despret

« Faire son deuil », c’est l’impératif qui s’impose à tous ceux qui se trouvent confrontés au décès d’un proche. Mais se débarrasser de ses morts est-il un idéal indépassable auquel nul ne saurait échapper s’il ne veut pas trop souffrir ?
Vinciane Despret a commencé par écouter. « Je disais : je mène une enquête sur la manière dont les morts entrent dans la vie des vivants ; je travaille sur l’inventivité des morts et des vivants dans leurs relations. »
Une histoire en a amené une autre. « J’ai une amie qui porte les chaussures de sa grand-mère afin qu’elle continue à arpenter le monde. Une autre est partie gravir une des montagnes les plus hautes avec les cendres de son père pour partager avec lui les plus beaux levers de soleil. À l’anniversaire de son épouse défunte, un de mes proches prépare le plat qu’elle préférait, etc. »
L’auteure s’est laissé instruire par les manières d’être qu’explorent les morts et les vivants, ensemble ; elle a appris de la façon dont les vivants qu’elle a croisés se rendent capables d’accueillir la présence des défunts. Chemin faisant, elle montre comment échapper au dilemme entre « cela relève de l’imagination » et « c’est tout simplement vrai et réel ».
Depuis un certain temps les morts s’étaient faits discrets, perdant toute visibilité. Aujourd’hui, il se pourrait que les choses changent et que les morts deviennent plus actifs. Ils réclament, proposent leur aide, soutiennent ou consolent… Ils le font avec tendresse, souvent avec humour. Continuer de lire Au bonheur des morts – Vinciane Despret

Manifesto – Julian Rosefeldt

Toutes les séquences : https://www.julianrosefeldt.com/film-and-video-works/manifesto-_2014-2015/ Manifesto Scenes PROLOGUE – Burning fuse Karl Marx / Friedrich Engels, Manifesto of the Communist Party (1848) Tristan Tzara, Dada Manifesto 1918 (1918) Philippe Soupault, Literature and the Rest (1920) SITUATIONISM – Homeless man Lucio … Continuer de lire Manifesto – Julian Rosefeldt

Sexus – Henry Miller

Mais un peu d’attention nous suffit pour nous apercevoir que les rues restent remarquablement indifférentes aux souffrances des individus. S’il nous est arrivé de sortir un soir, pleurant la mort d’un grand ami, vous avez dû remarquer que la rue se tient vraiment très à l’écart de votre deuil. Si le dehors se mettait à ressembler à l’intérieur de l’être, la vie ne serait plus tenable. Les rues sont des lieux où l’on respire et reprend haleine. Continuer de lire Sexus – Henry Miller