Forêts – Wajdi Mouawad

En remontant le fil de ses origines, Loup ouvre une porte qui la conduira au fond d’un gouffre, car là se trouve la mémoire de son sang : une séquence douloureuse d’amours impossibles, qui va d’Odette à Hélène, puis à Léonie, à Ludivine, à Sarah, à Luce, et enfin à Aimée, sa mère… On dirait bien qu’un mauvais sort a décimé cette famille, l’a lancée dans le train des malheurs et l’hallali des grands soirs, au cœur de la forêt des Ardennes. Mais Loup est courageuse, elle veut tordre le cou au destin, lui faire cracher son fiel afin de casser le fil de toutes les enfances abandonnées. Continuer de lire Forêts – Wajdi Mouawad

L’homme qui savait la langue des serpents – Andrus Kivirähk

Empreint de réalisme magique et d’un souffle inspiré des sagas islandaises, L’homme qui savait la langue des serpents révèle l’humour et l’imagination délirante d’Andrus Kivirähk.

Le roman qui connaît un immense succès depuis sa parution en 2007 en Estonie, retrace dans une époque médiévale réinventée la vie d’un homme qui, habitant dans la forêt, voit le monde de ses ancêtres disparaître et la modernité l’emporter.

Grand Prix de L’Imaginaire 2014 Continuer de lire L’homme qui savait la langue des serpents – Andrus Kivirähk

L’homme sans postérité, Adalbert Stifter

Le plus déroutant peut-être de tous les romans de Stifter, qui fut lui-même la figure la plus singulière, la plus énigmatique du post-romantisme allemand.
Un adolescent rend visite à son oncle, un vieux célibataire endurci qui vit cloîtré dans un étrange domaine : sur une île au milieu d’un lac perdu dans les montagnes. L’oncle parle peu, n’a pas l’air commode. À la fin du séjour, et sans que rien entre eux soit clairement formulé, il aura légué à son jeune hôte son bien le plus précieux : l’esprit de solitude.
Tout en feignant de n’évoquer que la vie la plus ordinaire, Stifter nous convie sans en avoir l’air à écouter entre les mots la voix de la différence, de l’infrangible singularité des êtres : voix du désir éperdu d’« être soi » envers et contre tout – c’est-à-dire envers et contre la société des hommes. Dès lors s’explique-t-on l’admiration qu’un Nietzsche à pu porter à cette œuvre. Continuer de lire L’homme sans postérité, Adalbert Stifter

Seiobo est descendue sur terre – Laszlo Krasznahorkai

De Kyoto à Venise, de Paris à Athènes en passant par

Grenade et Genève, László Krasznahorkai nous emmène tour à tour à la rencontre d’un visiteur égaré dans les ruelles vénitiennes découvrant avec éblouissement une œuvre méconnue de la Scuola di San Rocco, d’un acteur de théâtre no- incarnant la déesse Seiobo, d’un gardien du musée du Louvre entretenant une relation quasi amoureuse avec la Vénus de Milo ou encore d’un architecte fanatique de musique baroque tâchant maladroitement de transmettre sa passion à quelques rares auditeurs. Dix-sept chapitres qui sont autant de réflexions sur l’art, la création et la quête du sacré. Déployant une prose majestueuse, László Krasznahorkai y interroge le rôle de l’artiste, la place du spectateur, et explore l’émotion que peuvent susciter les chefs-d’œuvre en chacun de nous. Continuer de lire Seiobo est descendue sur terre – Laszlo Krasznahorkai

Blanche baleine, Fabienne Raphoz

Blanche baleine est une tentative, en ce début de 21e siècle – où le « sentiment de la nature » ne peut plus être celui des débuts du Romantisme – d’écouter, voir, toucher, tenter la symbiose, si ce n’est physique, du moins poétique, avec le vivant.Entrent en résonance le lointain, le très près, les origines, le paysage sonore.L’expérience individuelle s’objective dans un collectif de l’espèce pour tenter de renouer le lien perdu et surtout témoigner du « lyrisme de la matière » (Marinetti). Continuer de lire Blanche baleine, Fabienne Raphoz

La Main gauche de la nuit, Ursula K. Le Guin

Sur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n’y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains. Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l’un ou l’autre sexe.
Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle. L’Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l’Ekumen ? Continuer de lire La Main gauche de la nuit, Ursula K. Le Guin

Pour saluer Melville, Jean Giono

Moby Dick (qu’il devait traduire, en collaboration avec Joan Smith et Lucien Jacques) fut, « pendant cinq ou six ans au moins », le compagnon de Giono.  » Il me suffisait de m’asseoir, le dos contre le tronc d’un pin, de sortir de ma poche ce livre qui déjà clapotait pour sentir se gonfler sous moi et autour la vie multiple des mers. Combien de fois au-dessus de ma tête n’ai-je pas entendu siffler les cordages, la terre s’émouvoir sous mes pieds comme la planche d’une baleinière, le tronc du pin gémir et se balancer contre mon dos comme un mât. Mais… quand le soir me laissait seul, je comprenais mieux l’âme de ce héros pourpre qui commande tout le livre.  » De cette communion avec un livre et son auteur est né cet essai, où la biographie a l’allégresse et la spontanéité de la vie  » un homme d’un mètre quatre-vingt-trois, avec soixante-sept centimètres de largeur d’épaule  » s’anime soudain sous nos yeux, tel un héros de roman, plus vrai que nature. Continuer de lire Pour saluer Melville, Jean Giono

La forêt sonore. De l’esthétique à l’écologie (sous la direction de Jean Mottet)

Doué pour voir, regardeur du monde, l’homme peut-il aussi l’écouter? Les écrivains, les artistes, les poètes ont célébré l’arbre et la forêt sous la forme très spécifique du paysage défini comme spectacle visuel. Qu’avons-nous oublié? La nature de ce qui «fait forêt» n’est-elle pas, de nouveau, à chercher?
Par son souci de réhabiliter l’environnement sonore de la forêt, matrice d’une perception sensorielle du monde, ce livre propose en fait une nouvelle manière de relier perception de la nature et éthique environnementale. La forêt, alors, n’est plus seulement à «regarder» : elle se branche sur du vital.
Dans l’écoute des vibrations sonores de la forêt, c’est le monde que l’on ausculte. Aldo Leopold l’avait déjà magnifiquement dit: « Lorsque nous entendons l’appel des grues, ce n’est pas un simple oiseau que nous entendons, mais la trompette de l’orchestre de l’évolution».
Par ailleurs, la biologie végétale nous a appris que les plantes ont elles-mêmes de multiples façons de percevoir l’environnement, voire d’émettre des sons. Pour entendre et respecter cette intériorité végétale, rien de tel que le mélange de poésie et de science proposé par ce livre. Continuer de lire La forêt sonore. De l’esthétique à l’écologie (sous la direction de Jean Mottet)

Lointaines Ardennes, André Dhôtel

L’Ardenne dont il est question dans ce livre inclassable – ni roman, ni essai, mais promenade à l’aventure et rencontre – c’est l’Ardenne dans sa vérité documentaire et sa réalité vivante : un pays exactement décrit avec ses habitants, un pays repérable sur la carte, d’où s’échappèrent naguère Rimbaud et Daumal et où l’auberge de Mazagran veille au carrefour.

Mais l’Ardenne, ou plutôt les Ardennes, c’est, en même temps, cet espace indéfini, à la fois proche et lointain, ces confins qui inspirent et orientent toute l’œuvre d’André Dhôtel. Évoquée par quatre voix différentes, parfois contradictoires, une terre autre, insaisissable, surgit au fil des paroles et des lieux en apparence les plus simples.

Mené presque sans qu’il s’en aperçoive au bord de l’ineffable, aux lisières, au ciel à travers les arbres, le lecteur passe alors du côté où la forêt se troue, là où ne règne plus que la lumière. Continuer de lire Lointaines Ardennes, André Dhôtel

Just Kids – Patti Smith

Immergés dans ce milieu, deux gamins font le pacte de toujours prendre soin l’un de l’autre. Romantiques, engagés dans leur pratique artistique, nourris de rêves et d’ambitions, ils se soutiennent et se donnent confiance pendant les années de vache maigre.

Just Kids commence comme une histoire d’amour et finit comme une élégie, brossant un inoubliable instantané du New York des années 60-70, de ses riches et de ses pauvres, de ses paumés et de ses provocateurs.

Véritable conte, il retrace l’ascension de deux jeunes artistes, tel un prélude à leur réussite. Continuer de lire Just Kids – Patti Smith

Voyage en Italie – Jean Giono

De Manosque à Florence, en passant par Milan, Venise, Padoue, Bologne, voici l’Italie de Jean Giono, romancier du bonheur. Le lecteur le suivra dans ses découvertes, avec un plaisir extrême. À chaque pas, le paysage et les êtres apportent leur leçon. Giono sait traduire le message d’une allée de cyprès sur une colline, du froncement de sourcils d’un Milanais, du battement de cils d’une Vénitienne. Il est délicieux de voyager avec un tel guide. Continuer de lire Voyage en Italie – Jean Giono

Parce que l’oiseau – Fabienne Raphoz

« J’ai réfugié mon pays natal du Faucigny entre deux petites départementales peu fréquentées des Causses du Quercy, dans une de ces maisons sorties d’une vie antérieure et qui vous dit : “c’est ici ”. Au moment précis où je commence ce livre, le 30 juin, 9h38, un Troglodyte mignon est à peu près le seul de sa classe à percer le silence. Son chant, qui alterne les modes majeur et mineur, est rythmé par les gouttes d’une pluie continue dont le timbre varie selon leur densité et le support qui les accueille, feuilles de frêne ou de tilleul, gravier, friche, vitre ; variations que le petit enregistreur peine à distinguer, chaque goutte d’eau, tombant sur la bonnette, ayant plutôt tendance à exploser dans l’oreille en mini-grenade sans subtilité sonore à l’échelle du tympan. (…) » Continuer de lire Parce que l’oiseau – Fabienne Raphoz

La douleur du chardonneret – Anna Maria Ortese

À la fin du siècle des Lumières, un prince, un sculpteur, un riche négociant, jeunes tous trois, amis et respirant l’insouciance de vivre, quittent Liège pour le royaume ensoleillé de Naples, où les Bourbon, sous le ressac révolutionnaire, s’agrippent au trône. Nos trois messieurs, au demeurant, ne s’en soucient guère, puisque l’avenir les ignore, comme il nous ignore, et qu’ils vont à Naples voir un certain fameux gantier, dont les trois filles… et nous voilà partis dans un labyrinthe où la fiction transforme le lecteur lui-même en trompe-l’œil. Dans ce jeu de miroirs, force nous est de suivre, en guise de fil d’Ariane, le chant à la fois douloureux, moqueur, vengeur et dérisoire d’un chardonneret apparemment victime de fillettes cruelles ou reflet de notre conscience malheureuse. Continuer de lire La douleur du chardonneret – Anna Maria Ortese

La traversée des territoires, Kenneth White

« Territoire » est sans doute un mot clé dans le paysage mental d’aujourd’hui. Kenneth White a traversé beaucoup de territoires, physiques et culturels, en Europe, en Afrique, en Amérique et en Asie, toujours en quête d’un espace de l’esprit, auquel il donne substance, formes et couleurs. Il se concentre ici sur la France, sa terre d’élection, depuis le Pas-de-Calais et la côte normande jusqu’à son installation sur le littoral breton, en passant par les hauteurs du Morvan et des Pyrénées, les fins fonds du Périgord, les lumineuses terres provençales, faisant de longues marches dans les Cévennes, la Narbonnaise, l’Aquitaine, avec une incursion vers les territoires d’outre-mer. Continuer de lire La traversée des territoires, Kenneth White

La langue de ma mère – Tom Lanoye

Frappée par une attaque cérébrale sur ses vieux jours, la mère de l’auteur ne peut plus désormais s’exprimer qu’en un baragouin furieux et inintelligible, traduisant sa colère et son désespoir d’être incomprise. Personnage haut en couleur, elle fut actrice dans une compagnie de théâtre d’amateurs et maniait la langue en virtuose aussi bien dans la vie que sur la scène. Continuer de lire La langue de ma mère – Tom Lanoye

L’épaisseur de l’instant, Pom Bouvier b

L’épaisseur de l’instant est une recherche artistique qui a commencé en Finlande. Le livre décrit de manière réflexive et poétique la démarche de compositrice de « terrain » de Pom Bouvier b. Chaque page explore un mot, un acte autour d’expérimentations singulières, d’observations, dans un paysage. Le livre convoque le-la lecteur-trice à son propre imaginaire, et à sa faculté d’inventer le monde. Il redonne à l’art une place de jubilation pour chacun et chacune. Continuer de lire L’épaisseur de l’instant, Pom Bouvier b

Les oiseaux – Tarjei Vesaas

Dans « Les Oiseaux », Tarjei Vesaas, un des plus grands écrivains norvégiens, raconte l’histoire de Mattis, simple d’esprit au coeur vierge et à l’âme candide que la dureté du monde réel a définitivement refoulé dans un univers de rêves.
Ce roman poignant invite le lecteur à mieux aimer la vie, à apprendre à dépasser, à transfigurer les contingences : la nature, la simplicité, l’évidente et immédiate beauté d’un lac, d’une forêt, d’une aile d’oiseau, d’un regard de jeune fille en sont l’irréfutable preuve. Ils sont au-delà du malheur et de la mort et leur miracle ne périt jamais, il est à la portée du plus déshérité. Continuer de lire Les oiseaux – Tarjei Vesaas

Danser au bord du monde – Ursula K. Le Guin

L’œuvre de (science)-fiction d’Ursula K. Le Guin est internationalement connue. Elle s’accompagne de quelques essais qui en interrogent le contenu et permettent de mieux en comprendre les enjeux et les implications. Ce volume, qui rassemble 34 essais et conférences publiés entre 1976 et 1988, permettra aux lecteurs de pénétrer dans le monde de Le Guin, peuplé de mots, de femmes et de territoires, au miroir duquel se ‘réfléchit’ le nôtre. On y retrouve son audace singulière qui n’hésite pas à mélanger les genres et à traiter tout à la fois de ménopause, de responsabilité sociale dans l’Empire nord-américain de la fin du XXe siècle, d’utopies littéraires ou de poésie des femmes indiennes. Ursula K. Le Guin, comme Philip K. Dick, fait partie des visionnaires de la littérature, qui méritent de figurer de plein droit au panthéon des grands écrivains du siècle. Ursula K. Le Guin (1929-2018) est l’auteure de nombreux romans, dont les grands cycles de ­Terremer et de l’Ekumen, pour lesquels elle a reçu plusieurs prix prestigieux. Fille de Theodora Kroeber, auteur du chef-d’œuvre Ishi (Terre humaine), à qui elle rend hommage dans ce volume, son œuvre pourrait se définir comme l’«anthropologie imaginaire » d’un monde à venir. Continuer de lire Danser au bord du monde – Ursula K. Le Guin

Voyager dans l’invisible. Techniques chamaniques de l’imagination – Charles Stépanoff

Le chamane est un individu capable, d’une façon mystérieuse pour nous, de voyager en esprit, de se percevoir simultanément dans deux espaces, l’un visible, l’autre virtuel, et de les mettre en connexion. Ce type de voyage mental joue un rôle clé pour établir des liens avec les êtres non humains qui peuplent l’environnement.
Les chamanes ne gardent pas pour eux seuls l’expérience du voyage en esprit : ils la partagent avec un malade, une famille, parfois une vaste communauté de parents et de voisins. Les participants au rituel vivent tous ensemble cette odyssée à travers un espace virtuel. De génération en génération, les sociétés à chamanes se sont transmis comme un précieux patrimoine des trésors d’images hautes en couleur, mais en grande partie invisibles.
Ce livre est le fruit d’enquêtes de terrain et reprend l’ample littérature ethnographique décrivant les traditions autochtones du nord de l’Eurasie et de l’Amérique. Au travers de récits pleins de vie, il rend compte de l’immense contribution à l’imaginaire humain des différentes technologies cognitives des chamanes. Les civilisations de l’invisible bâties par les peuples du Nord, encore puissantes à l’aube du XXe siècle, n’ont pas résisté longtemps à l’entreprise d’éradication méthodique menée par le pouvoir colonial des États modernes, qu’il s’agisse de l’URSS, des États-Unis ou du Canada. Ce livre nous permet enfin de les appréhender dans toute leur richesse. Continuer de lire Voyager dans l’invisible. Techniques chamaniques de l’imagination – Charles Stépanoff

Speak White – Michèle Lalonde

Pour plusieurs, le mythique poème Speak White est né lors de la fameuse Nuit de la poésie du 27 mars 1970. Il n’en est rien. Ce texte trouve ses racines dans un autre texte de Michèle Lalonde (Terre des Hommes) écrit à l’occasion du gala inaugural d’Expo 67 présenté en avril 1967 à la Place des Arts. « C’était un texte pour deux récitants, raconte Michèle Lalonde. J’avais désigné Albert Millaire et Michelle Rossignol, que je connaissais déjà. Les deux comédiens récitaient sur une musique contemporaine d’André Prévost. On y retrouve les mêmes thèmes que dans Speak White : les forces de destruction et le sort des minorités. » Continuer de lire Speak White – Michèle Lalonde

L’homme qui meurt – James Baldwin

Avec l’intensité qui caractérise ses œuvres, Baldwin conte l’histoire d’un célèbre acteur noir américain, Leo Proudhammer. Terrassé par une crise cardiaque à l’âge de trente-neuf ans, celui-ci se voit imposer une période d’immobilité : il revit alors en pensée son enfance à Harlem, sa jeunesse parmi la bohème de Greenwich Village, son existence avec sa maîtresse blanche, Barbara, qui est aussi sa partenaire sur scène, avec son frère, un raté… Leo doit aussi affronter l’avenir : atteint au sommet de sa carrière, saura-t-il entrer dans l’ombre et en supporter les conséquences? Mais la chance est de son côté, et nous assistons, fascinés, à son inévitable montée vers le succès.
D’autres thèmes se retrouvent dans ce roman : peut-on être noir et se battre pour l’Amérique? Le Dieu des chrétiens est-il une création de l ‘homme blanc? Avec toute sa sensibilité, James Baldwin décrit l’enfance de Leo à Harlem, la vénération qu’il porte à son frère aîné, la violence des affrontements avec les Blancs et la police. Il nous donne l’image d’une société déchirée par la haine et la peur. Continuer de lire L’homme qui meurt – James Baldwin

Porcherie – Pasolini

Porcherie est une pièce à plusieurs visages. À la croisée d’une pièce de boulevard grotesque, d’une intrigue policière et d’une tragédie antique, elle est avant tout un hymne à la complexité, à la pluralité de l’être, au refus de la normalisation. Peut-on échapper (sans s’annuler soi-même) à ce qui nous détermine profondément ? Comment négocie-t-on avec notre héritage familial, social et culturel dans notre quête de liberté et de bonheur ? Comment vivre différemment et inventer de nouvelles formes culturelles et sociales, sans commettre les mêmes erreurs que nos « pères » ? Le parcours de Julian dans l’Allemagne des années 60 résonne encore aujourd’hui avec celui de la génération de Nina Blanc, metteure en scène : une génération qui serait désillusionnée, ne cherchant ni à construire, ni à déconstruire, qui souffrirait de ne pas se connaître… Continuer de lire Porcherie – Pasolini

Un appartement sur Uranus – Paul B. Preciado

Au XIX siècle, lorsque l’homosexualité est inventée comme crime et maladie mentale en Europe, l’écrivain Karl Heinrich Ulrich est le premier à se déclarer « uraniste » et à affirmer les droits de « ceux qui aiment différemment ». Après lui, Preciado refuse le protocole médico-légal de changement de sexe et entreprend un projet de transformation de son corps et de sa subjectivité via l’auto-administration de testostérone. Il relate cette traversée, ce devenir « homme-trans », au fil de chroniques dans Libération entamées comme Beatriz et poursuivies une fois devenu Paul.
Il y développe une philosophie politique dépassant les questions de sexualité et évoque des questions politico-sociales comme le devenir néo-fasciste en Europe, la crise grecque, les luttes zapatistes au Mexique, le conflit en Catalogne.
Car la dualité sexuelle et son l’épistémologie binaire sont le cadre général de nos sociétés « technopatriarcales et hétérocentrées ». La masculinité s’y définit par le droit des hommes à donner la mort et la féminité par l’obligation des femmes à donner la vie. L’hétérosexualité est à la fois une politique du désir et un régime de gouvernement imposant un système de violence et de domination. Face à ce régime, la culture queer et trans est celle du l’expérimentation du genre et de la non-naturalisation des positions de pouvoir. Les corps sont équivalents, le pouvoir est redistribué.
En devenant Paul, Preciado, « dissident du système genre-genre », met en pratique la révolution sexuelle et politique qu’il appelle de ses vœux. Il propose ainsi une cartographie de technologies du pouvoir aussi bien qu’une guide des nouvelles stratégies de résistance à la norme. Continuer de lire Un appartement sur Uranus – Paul B. Preciado

Faunes – Christiane Vadnais

À une époque où la nature a été entièrement cataloguée, colonisée ou assujettie, on peut encore découvrir quelques espaces insoupçonnés à la lisière de la civilisation : des chemins effacés par la neige, des villages mauvais. Il faut rester à l’affût pour les débusquer.

Sinon il suffit de suivre Laura sur les routes menant à la brumeuse cité de Shivering Heights ou vers le hameau flottant au milieu d’un lac infesté de dangers sous-marins. Dans ces lieux fuyants, là où les histoires se tissent comme des constellations, cette biologiste embrasse la fulgurance de la nature comme les secrets de la science avec la force d’une conquérante et l’innocence d’une volontaire promise au sacrifice. Scientifique têtue, amoureuse inquiète, Laura mène un combat pour la survivance sans se douter que le brouillard estompe les frontières entre les humains et les monstres, que l’eau charrie des menaces qui enflent avec la pluie.

Il n’y aura pas de vivant sans dévoration.

Première œuvre fiévreuse, séduisante et imprévisible, Faunes dresse un inventaire fascinant de spécimens humains ballottés au gré d’instincts premiers.
Continuer de lire Faunes – Christiane Vadnais

Ténèbre – Paul Kawczak

Un matin de septembre 1890, un géomètre belge, mandaté par son Roi pour démanteler l’Afrique, quitte Léopoldville vers le Nord. Avec l’autorité des étoiles et quelques instruments savants, Pierre Claes a pour mission de matérialiser, à même les terres sauvages, le tracé exact de ce que l’Europe nomme alors le « progrès ». À bord du Fleur de Bruges, glissant sur le fleuve Congo, l’accompagnent des travailleurs bantous et Xi Xiao, un maître tatoueur chinois, bourreau spécialisé dans l’art de la découpe humaine. Celui-ci décèle l’avenir en toute chose : Xi Xiao sait quelle œuvre d’abomination est la colonisation, et il sait qu’il aimera le géomètre d’amour. Ténèbre est l’histoire d’une mutilation.
Kawczak présente un incroyable roman d’aventure traversé d’érotisme, un opéra de désir et de douleur tout empreint de réalisme magique, qui du Nord de l’Europe au cœur de l’Afrique coule comme une larme de sang sur la face de l’Histoire. Continuer de lire Ténèbre – Paul Kawczak

Trinity – Louisa Hall

15 juillet 1945, Los Alamos, Nouveau-Mexique. Robert Oppenheimer, brillant scientifique et créateur de la bombe atomique, compte les heures, les minutes. Il attend le lancement de l’essai nucléaire « Trinity ».
Louisa Hall dresse le portrait kaléidoscopique d’un homme de l’ombre qui a transformé le destin de l’Humanité à travers les récits de sept témoins : un agent du FBI, une femme soldate, un étudiant qui a assisté à l’une de ses conférences, un ancien collègue de Berkeley ou encore une femme fuyant le McCarthysme sur une île caribéenne. Son ancienne secrétaire et la journaliste chargée de rédiger son portrait à la fin de sa vie mettent au jour, par petites touches, de nouvelles facettes, plus intimes, du scientifique.
Trinity explore les confins de la culpabilité, son influence sur les corps et les esprits. Ce roman composé d’éclats épars pose la question de l’identité par un mécanisme original et dans une langue mélancolique. Pouvons-nous prétendre connaître réellement et profondément ceux qui nous entourent ? Les secrets les plus enfouis semblent se révéler dans l’étincelle d’un regard ou le geste d’une main. Ici, les histoires personnelles des narrateurs se mêlent à l’Histoire mondiale, et les fantômes des victimes des bombes d’Hiroshima et Nagasaki surgissent à chaque page.
En interrogeant le rapport entre réalité et fiction, intime et universel, Louisa Hall compose un grand roman sur le monde né de la création de l’arme qui aurait dû en finir avec toutes les armes. Continuer de lire Trinity – Louisa Hall

Oublier le temps – Peter Brook

Ni autobiographie classique, ni thèse sur le théâtre, Oublier le temps étire le fil des souvenirs. Ancrés dans un monde de sensations, à la fois précis et évanescents, ils se manifestent sous la forme de réminiscences – bribes qui s’appellent mutuellement, comme pour esquisser une vaste réponse à la question de savoir comment on en vient au théâtre.

Peter Brook montre combien une vie peut être habitée par une vocation autant qu’elle peut la faire.

L’auteur relate dans cet ouvrage ses débuts à Londres, son installation à Paris et ses rencontres avec des figures marquantes de la vie culturelle française et internationale.

« J’aurais pu appeler ce livre Faux Souvenirs. Non que je veuille consciemment dire des mensonges, mais en écrivant, je m’aperçois que le cerveau ne dispose pas d’une chambre froide où conserver nos souvenirs intacts, il est plutôt un réservoir de signaux fragmentaires qui attendent que le pouvoir de l’imagination leur donne vie – et ceci, en un sens, est une bénédiction ». Continuer de lire Oublier le temps – Peter Brook

Sur les ossements des morts – Olga Tokarczuk

Janina Doucheyko vit seule dans un petit hameau au cœur des Sudètes. Ingénieur à la retraite, elle se passionne pour la nature, l’astrologie et l’œuvre de William Blake. Un matin, elle retrouve un de ses voisins mort dans sa cuisine, étouffé par un petit os. C’est le début d’une longue série de crimes mystérieux sur les lieux desquels on retrouve des traces animales. La police enquête. Les victimes avaient toutes pour la chasse une passion dévorante. Quand Janina Doucheyko s’efforce d’exposer sa théorie sur la question, tout le monde la prend pour une folle… Car comment imaginer qu’il puisse s’agir d’une vengeance des animaux ? Continuer de lire Sur les ossements des morts – Olga Tokarczuk

Sur Anne Akhmatova – Nadejda Mandelstam

Ce livre de souvenirs sur Anna Akhmatova, récemment retrouvé et totalement inédit en français, a été écrit par Nadejda entre les deux tomes des mémoires que nous connaissons, tout de suite après la mort d’Akhmatova en 1966. Nadejda nous livre un portrait de son amie vue à travers le prisme de l’affection. Les anecdotes, les détails, les conversations font surgir devant nous une personne humaine et vivante, une Akhmatova à l’esprit acéré et à l’humour corrosif, avec ses petits travers, mais surtout son courage face aux épreuves, sa noblesse intérieure, et son immense talent.
Comme dans le premier tome de Contre tout espoir, la forte personnalité et la remarquable sensibilité poétique de l’auteur sont mises au service du poète à qui elle rend ici hommage. Et les réflexions des deux femmes sur la peur, le courage, la liberté, la poésie ou la société soviétique en évolution, donnent à ce portrait une ampleur et une profondeur qui en font bien davantage qu’un simple essai biographique. Continuer de lire Sur Anne Akhmatova – Nadejda Mandelstam

Vers des humanités écologiques, suivi de Oiseaux de pluie – Deborah Bird Rose

Histoire, géographie, anthropologie, sociologie, philosophie, littérature, sciences politiques, droit… : nos savoirs sont profondément modifiés par l’écologie, dans leurs objets comme dans leurs méthodes.
À ces « humanités écologiques » émergentes, l’ethnographe australienne Deborah Bird Rose propose ici un programme théorique et politique ambitieux.
En s’appuyant sur les savoirs écologiques autochtones, elle montre notamment pourquoi il est fondamental que nous habitions le monde avec des histoires plus justes – des « histoires vraies ».
« Deborah Bird Rose, amie des peuples Yarralin du fleuve Victoria, mène un travail humble de dialogue et de collecte, qui cherche des lueurs de vérité vers l’engagement. »
Val Plumwood, philosophe écoféministe Continuer de lire Vers des humanités écologiques, suivi de Oiseaux de pluie – Deborah Bird Rose

Le grand cahier – Agota Kristof

Dans la Grande Ville qu’occupent les Armées étrangères, la disette menace. Une mère conduit donc ses enfants à la campagne, chez leur grand-mère. Analphabète, avare, méchante et même meurtrière, celle-ci mène la vie dure aux jumeaux. Loin de se laisser abattre, ceux-ci apprennent seuls les lois de la vie, de l’écriture et de la cruauté. Abandonnés à eux-mêmes, dénués du moindre sens moral, ils s’appliquent à dresser, chaque jour, dans un grand cahier, le bilan de leurs progrès et la liste de leurs forfaits.
Le Grand Cahier nous livre une fable incisive sur les malheurs de la guerre et du totalitarisme, mais aussi un véritable roman d’apprentissage dominé par l’humour noir. Continuer de lire Le grand cahier – Agota Kristof

Au large de l’Histoire – Kenneth White

Pendant le XIXe et le XXe on a cru, malgré tout, que l’Histoire était synonyme de Progrès. Qu’elle menait quelque part : à un grand État, au communisme universel, à un Supermarché du bonheur. Personne n’y croit plus. Personne n’a plus confiance dans l’Histoire. D’où un grand vide existentiel et culturel. C’est de ce constat que le dernier essai de Kenneth White prend son point de départ. Sans utopisme, sans prophétisme, sans réenchantement facile. Mais en entreprenant une navigation hauturière dans un espace de vie et de pensée, qui a toujours existé au large de l’Histoire. La navigation de White passe par cinq grandes escales : une analyse socio-politique de la fin de la modernité, ce que White appelle la médiocratie ; une investigation qui remonte aux origines de la culture ; l’examen de diverses tentatives de refondation sociale à travers le monde ; la question, posée encore trop timidement par l’écologie, de l’habitation de la Terre ; et pour finir, une critique de la situation contemporaine de l’art. Continuer de lire Au large de l’Histoire – Kenneth White

Nos cabanes – Marielle Macé

47 % des vertébrés disparus en dix ans, faut qu’on se refasse une cabane, mais avec des idées au lieu de branches de saule, des images à la place de lièvres géants, des histoires à la place des choses. – Olivier Cadiot

Vite, des cabanes, en effet. Pas pour s’isoler, vivre de peu, ou tourner le dos
à notre monde abîmé ; mais pour braver ce monde, l’habiter autrement : l’élargir.

Marielle Macé les explore, les traverse, en invente à son tour. Cabanes élevées sur les ZAD, les places, les rives, cabanes de pratiques, de pensées, de poèmes. Cabanes bâties dans l’écoute renouvelée de la nature – des oiseaux qui tombent ou des eaux qui débordent –, dans l’élargissement résolu du « parlement des vivants », dans l’imagination d’autres façons de dire nous.
Continuer de lire Nos cabanes – Marielle Macé

Petit pays – Gael Faye

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages…

J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. » Continuer de lire Petit pays – Gael Faye

La dévoration des fées – Catherine Lalonde

Entre le conte de fées enragé et la reprise hallucinée des récits d’apprentissage, entre la forêt de Sainte-Amère-de-Laurentie et la grande ville électrique, La dévoration des fées raconte le sort de la p’tite, de Grand-maman et de Blanche absente. Mais le récit est ravalé par le chant, le mythe, la fantasmagorie, et une poésie féroce et primordiale hante la narration. Œuvre baroque et mal embouchée, La dévoration des fées est traversé de sortilèges crachés ou lyriques, dans une scansion affamée, bourrée jusqu’aux yeux de désir. Continuer de lire La dévoration des fées – Catherine Lalonde

La route des petits matins – Gilles Jobidon

La route des petits matins relate le parcours d’un réfugié de culture sino-vietnamienne après la chute de Saigon. Écrit comme une longue lettre d’amour, le roman est en fait une ode au courage, à la solidarité, à la détermination et à la résilience de ceux qui ont fui, « le cœur dans la gorge, le souffle court, […] dans le silence épais des cales ». Tout au long du récit, le narrateur conserve pour le héros et sa culture une pudeur chargée de tendresse amoureuse, qu’il livre dans une prose poétique puisant au caractère fleuri des langues asiatiques. « Quand tu seras un vieux Chinois, ployé dans le jardin, à faire sourire la terre, que tu lèveras les yeux vers moi, encore assis, à lire, impénitent, qu’il ne nous restera que peu de temps, saurai-je enfin que rien ne finit, que rien ne commence, qu’ici, que maintenant… » Continuer de lire La route des petits matins – Gilles Jobidon

Thoreau compagnon de route – Kenneth White

On sait l’influence grandissante qu’exercent en France les textes de Thoreau, dont les éditions Le mot et le reste se sont fait une spécialité. Or, l’auteur qui a peut-être contribué le plus à cette influence souterraine depuis son installation en France à la fin des années soixante, est Kenneth White, lui-même auteur d’une œuvre considérable. Dans ce livre, il a rassemblé, retravaillé, en leur donnant un ordonnancement inédit, une dizaine de ses essais sur Thoreau les plus explorateurs. Le résultat est un volume compact, constituant non seulement l’étude la plus pénétrante qui soit sur l’auteur américain, mais qui, à travers Thoreau, ouvre un espace de vie et de pensée dont le monde contemporain a, de plus en plus manifestement, besoin. Continuer de lire Thoreau compagnon de route – Kenneth White

Le conte : témoin du temps, observateur du présent

Le conte est cet art de la scène qui survit à la panne d’électricité.
Mike Burns

Le conte est d’une longue tradition de parole et de mémoire humaines. Patrimoine vivant, patrimoine immatériel, il est témoin du temps, il est observateur du présent. Aujourd’hui où tant d’autres moyens et valeurs accompagnent l’humain dans sa destinée, quels sont encore la place du conte et son rôle à jouer ? Les réponses qu’il propose, les questions qu’il soulève, sont-elles d’actualité ? Fragile et éternel ; éphémère et tenace : est-il si important ? Qu’a-t-il à apporter ? Comment se porte-t-il ? Quelle est encore sa portée?

Les auteurs
Le conte : témoin du temps, observateur du présent réunit, outre Marc Aubaret, invité spécial, et Micheline Lanctôt (cinéaste), marraine de l’événement, plusieurs intervenants nationaux et internationaux, conteurs ou spécialistes du conte : Jocelyn Bérubé (conteur, Québec), Robert Bouthillier (ethnologue, chanteur et conteur, Québec), Mike Burns (conteur, Québec-Irlande), Jihad Darwiche (conteur, France-Liban), Jacques Falquet (conteur et organisateur, Québec), Michel Hindenoch (conteur, France),Vivian Labrie (ethnologue, Québec), Regina Machado (conteuse et chercheure, Université de Sao Paolo, Brésil), Christian-Marie Pons (Communications, Université de Sherbrooke), Dominique Renaud (chargée de projets, Service de l’animation culturelle, Musée de la civilisation, Québec), Regina Sommer (conteuse et organisatrice, Allemagne), Fabienne der Stépanian (chercheure, France), Joujou Turenne (conteuse, Québec), Dan Yashinsky (conteur et organisateur, Toronto). Continuer de lire Le conte : témoin du temps, observateur du présent

Ravissement à perpétuité – Jonathan Charette

Déclaration d’indépendance envers la réalité, Ravissement à perpétuité est une symphonie qui se déroule sur plusieurs mouvements. Entre un braquage, une poursuite dans un royaume à l’abandon et une fièvre intense, le lecteur découvre des images saisissantes. Au fil de ses déambulations, le poète subit de multiples agressions qui altèrent sa voix, menaçant de le condamner au silence. Devant les périls, un héritier apparaît. Grâce à sa ténacité, il transforme l’itinéraire en une ascension fulgurante. Dans ce troisième livre, Jonathan Charette n’hésite pas à passer du chant à l’aphorisme pour explorer la compassion, l’extase et la filiation. Le résultat est une œuvre patiemment échafaudée qui expose les contrecoups d’une passion pour le sublime. Continuer de lire Ravissement à perpétuité – Jonathan Charette

Cassandre – Catherine Lalonde

Tu cherches dans l’affreux le petit-lait du monde la mamelle des rêves son jus noir tu bouffes de la terre comme une bête angoissée tu devances la tourbe qui t’ensevelira et pousse tout un royaume au fin fond de ta gorge tu presses entre tes crocs les pierres le sédiment d’histoire le mica des colères plus tard les pissenlits les faux foins te pousseront dans les yeux les restes dans ta bouche rance aux lendemains de veille un marc de folies où tu lis les venirs Continuer de lire Cassandre – Catherine Lalonde

Rêves de machines – Louisa Hall

En 1663, la jeune Mary Bradford fuit l’Angleterre avec sa famille pour le Nouveau Monde. À bord de leur navire, elle fait la connaissance de l’époux à qui ses parents la destinent.
En 1928, Alan Turing, l’un des pionniers de l’informatique, planche sur le fonctionnement du cerveau et de l’esprit humain.
En 1968, Karl Dettman crée le logiciel de discussion MARY. Il trouve un succès immédiat auprès de son épouse qui lui consacre toutes ses nuits. Elle aimerait que Karl le dote d’une mémoire mais ce dernier s’y refuse, pressentant les risques d’une telle invention.
En 2035, la petite Gaby est au plus mal. Comme bien d’autres enfants, elle s’est vu confisquer le robot avec lequel elle avait noué des liens privilégiés. Elle ne communique plus qu’avec MARY3, désormais pourvue de souvenirs et d’empathie.
En 2040, Stephen R. Chinn purge sa peine pour avoir conçu des poupées dotées d’une conscience si performante qu’elles ont complètement anéanti les relations sociales entre les adolescents de toute une génération.
À travers les siècles et les continents, ces cinq voix s’entremêlent et retracent la création de l’intelligence artificielle et ses dérives.
Dans ce brillant roman, Louisa Hall nous propulse au cœur d’un futur dangereusement proche où les robots sont plus sensibles que leurs créateurs, posant une question essentielle : qu’est-ce qu’être humain? Continuer de lire Rêves de machines – Louisa Hall

Mémorial de la terre océane – Kenneth White

En tout temps, le propos de toute poétique lucide et conséquente a été de créer un rapport substantiel entre l’être humain et la Terre. À une époque où l’on parle de sauver la planète, où les discours écologistes abondent, manque, de toute évidence (mais qui sait voir?) une parole à la fois profonde, intellectuellement et culturellement fondée, et spacieuse, c’est-à-dire faisant respirer l’esprit. Les livres publiés par Kenneth White au Mercure de France depuis la fin du XXe siècle – Les Rives du silence, Limites et Marges, Le Passage extérieur, Les Archives du littoral – vont tous dans ce sens. C’est dans ce Mémorial de la terre océane qu’ils trouvent leur apogée. Continuer de lire Mémorial de la terre océane – Kenneth White

Walter Benjamin 1892-1940 – par Hannah Arendt

La gloire posthume est le lot des inclassables. On n’a mesuré l’importance de Walter Benjamin qu’après sa mort. Au croisement de la biographie, de la philosophie politique et de la critique littéraire, Hannah Arendt retrace dans cet essai daté de 1971 le destin individuel et l’itinéraire spirituel d’un homme pris dans “les sombres temps”. La vie de Benjamin ne fut qu’un “entassement de débris”, placée sous le signe de la malchance. Ce mélange de faiblesse et de génie le rendait totalement incapable de faire face aux difficultés de l’existence.
Arendt, fidèle aux grands thèmes qui structurent sa pensée, analyse ses rapports tourmentés avec la judéité et le marxisme, son amour de Paris et de la flânerie ainsi que ses relations complexes avec les intellectuels de son temps. Plongeant au plus intime de l’œuvre, elle décortique la façon unique en son genre qu’il avait de “penser poétiquement”. Philosophe elle-même inclassable, Hannah Arendt était la mieux à même de saisir la subtilité de la figure de Walter Benjamin. Le portrait sensible qu’elle dresse de cet homme constitue sans conteste la meilleure introduction à son œuvre. Continuer de lire Walter Benjamin 1892-1940 – par Hannah Arendt

Hildegarde – Léo Henry

Religieuse, visionnaire, scientifique, poétesse et compositrice, l’abbesse Hildegarde de Bingen n’a cessé, depuis sa mort, d’inspirer femmes et hommes. Figure totale du Moyen-âge européen, elle déborde des limites du 12è siècle et de la vallée Rhin où elle vécut : depuis sa berge de fleuve, entre Mayence et Cologne, Hildegarde rayonne sur l’univers entier.

Née au moment où la première Croisade arrive à Jérusalem, elle meurt tandis que naissent les premiers chevaliers de romans. À son expérience de femme de pouvoir, son œuvre mêle observations et visions, unissant sous une même énergie vitale les mondes réels, imaginaires et divins. Léo Henry crée, autour de Hildegarde, un livre-monde qui emprunte ses formes autant au récit épique, qu’à l’hagiographie ou au roman picaresque. Une fresque, qui court de la création du monde à l’Apocalypse, et explore l’intrication du temps qui passe et des histoires que nous nous racontons.

Inclassable et foisonnant, Hildegarde est un roman merveilleux, un roman de l’émerveillement. Continuer de lire Hildegarde – Léo Henry

Être forêts – Jean-Baptiste Vidalou

Depuis une dizaine d’années, que ce soit dans les bois de Sivens, à Notre-Dame-des-Landes, à Bure ou dans les Cévennes, il est évident qu’il se passe quelque chose du côté de la forêt. Certains ont commencé à habiter ces espaces, avec la détermination de sortir du monde mortifère de l’économie. Un tout autre rapport au monde s’y bâtit, à l’opposé de cette science militaire qu’est l’aménagement du territoire – ici contre un barrage, là contre un aéroport, ou une extraction de biomasse.
Ce n’est pas qu’une affaire locale : les paysans du Guerrero au Mexique se battent depuis plus de dix ans pour libérer leurs forêts des exploitants, les trappeurs du peuple cri du Canada défendent la forêt boréale de Broadback contre la déforestation, les Penan de Bornéo s’arment de sarbacanes contre les compagnies de plantation de palmiers à huile… Partout des luttes résonnent de cette même idée : la forêt n’est pas une réserve de biosphère ou un puits de carbone.
La forêt, c’est un peuple qui s’insurge. Nous sommes allés à la rencontre de ces forêts et de celles et ceux qui les défendent. Nous y avons découvert des continents innombrables, des sentiers inédits, des êtres ingouvernables. Toute une géographie depuis laquelle il était possible, enfin, de respirer. Continuer de lire Être forêts – Jean-Baptiste Vidalou

Le monde de Rocannon – Ursula K. Le Guin

Cette planète sans nom du système stellaire de Fomalhaut est l’enjeu d’un conflit entre la Ligue de tous les mondes et un Ennemi inconnu. Cinq espèces intelligentes se la partagent. Aucune n’a dépassé le niveau féodal. Certaines communiquent par la pensée. Rocannon, ethnologue, y est envoyé par la Ligue afin d’observer les peuples qui l’habitent avant l’arrivée d’une mission technologique qui assurera le développement de la société la mieux placée.
Mais l’Ennemi surgit de l’espace avant que le plan ne soit accompli.
Avec une poignée de compagnons, Rocannon, devenu Olhor l’Errant, le Seigneur des étoiles, va entreprendre de chasser les envahisseurs.
A mi-chemin de la fantasy et de la science-fiction, Le Monde de Rocannon est le premier roman du cycle de Hain qui couvre une partie de la longue histoire de la Ligue de tous les mondes, à laquelle succédera l’Oecumène. II comprend Planète d’exil, La Cité des illusions, La Main gauche de la nuit, Les Dépossédés, Le nom du monde est forêt, Le Dit d’Aka et de nombreuses nouvelles. Continuer de lire Le monde de Rocannon – Ursula K. Le Guin

La personne et le sacré – Simone Weil

« L’essai sur La personne et le sacré, qu’a écrit Simone Weil à Londres dans la dernière année de sa vie, ne cesse de nous interpeller pour au moins deux raisons. La première est la critique sans réserve du concept de personne, qui, à plus d’un demi-siècle de distance, n’a rien perdu de son actualité. La seconde – sans doute tout aussi actuelle – est la recherche acharnée et passionnée d’un principe qui se place au-delà des institutions, du droit et des libertés démocratiques, et sans lequel celles-ci perdent tout sens et toute utilité. Ces deux raisons – qu’illustrent en quelque sorte les deux termes du titre de l’essai – s’y trouvent aussi étroitement liées que la trame et la chaîne d’un tissu et, si nous tentons ici de les distinguer, le lecteur ne devra pas oublier que, dans la pensée profonde de Simone Weil, elles sont, en réalité, inséparables. » (Giorgio Agamben) Continuer de lire La personne et le sacré – Simone Weil

Colette Magny. Citoyenne-blues – Sylvie Vadureau

Bien qu’elle n’ait jamais appris les codes de la musique, Colette Magny a bousculé le paysage musical et poétique français. « Citoyenne-blues » nous plonge dans le parcours d’une artiste hors-norme qui, malgré un éveil politique tardif, a mis son talent au service de l’idéal révolutionnaire et de sa soif de justice, de solidarité et de fraternité. Naviguant à contre-courant et face à une censure systématique, son engagement total et son intégrité ont marqué les esprits. De son enfance aux planches de l’Olympia en passant par sa prise de conscience politique, « Colette Magny, Citoyenne-blues » vous plongera dans le parcours atypique de cette artiste exceptionnelle qui a porté la voix des oublié•e•s de l’Histoire jusque dans les amphithéâtres et les usines en grève. Continuer de lire Colette Magny. Citoyenne-blues – Sylvie Vadureau

Fantaisie militaire/Alain Bashung – Pierre Lemarchand

C’est un soldat sans joie qui s’attelle en 1996 à l’élaboration de son dixième album studio. Alain Bashung doit surmonter alors un épisode douloureux qui infuse et enrichit les textes ciselés avec Jean Fauque, mais tous deux prennent toujours soin de brouiller les pistes. Sur le plan musical aussi, Bashung souhaite rester insaisissable : il multiplie les ateliers expérimentaux confiés à des musiciens encouragés à le surprendre. Compagnons de route de longue date ou nouveaux venus dans son univers, chacun donnera le meilleur de lui-même pour accompagner cette voix respectée du rock à la française.

L’objet de ce livre est de donner à voir ce processus de création, celui d’un album qui concilie simplicité mélodique et complexité harmonique, longue maturation et place faite à la spontanéité, un album qui mêle instruments organiques et sons issus de machines, dessein secret et création collective. Disque de la maturité, disque de l’aboutissement, Fantaisie militaire est surtout une échappée belle. Continuer de lire Fantaisie militaire/Alain Bashung – Pierre Lemarchand

Le déploiement – Nick Sousanis

La première thèse de doctorat en bande dessinée soutenue aux Etats-Unis. Une épopée scientifique, dans laquelle Sousanis s’intéresse aux limites de notre système perceptif, à nos conditionnements et aux moyens de nous en libérer pour déployer nos potentialités. En même temps qu’un éloge de la bande dessinée, et une démonstration inventive, par l’exemple, des ressources de la pensée visuelle. Continuer de lire Le déploiement – Nick Sousanis

La recomposition des mondes – Alessandro Pignocchi

Que se trame-t-il exactement sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes ?

Notre anthropologue dessinateur mène l’enquête : s’agit-il d’un kyste peuplé de hippies violents ? Trop drogués pour comprendre qu’il faut partir puisque le projet d’aéroport est abandonné ? Ou de l’avant-poste, en Occident, d’un nouveau rapport au monde, affranchi de la distinction entre Nature et Culture ?

L’enquête emprunte des chemins imprévisibles sur ce bocage qui, d’emblée, nous absorbe, nous transforme et recompose les liens que nous entretenons avec les plantes, les animaux et le territoire.

Ancien chercheur en sciences cognitives et philosophie, Alessandro Pignocchi s’est lancé dans la bande dessinée avec son blog, Puntish. Son premier roman graphique, Anent. Nouvelles des Indiens Jivaros (Steinkis), raconte ses découvertes et ses déconvenues dans la jungle amazonienne, sur les traces de l’anthropologue Philippe Descola. Dans les deux suivants, Petit traité d’écologie sauvage et La Cosmologie du futur, il décrit un monde où l’animisme des Indiens d’Amazonie est devenu la pensée dominante, et où un anthropologue jivaro tente de sauver ce qui reste de la culture occidentale.
Continuer de lire La recomposition des mondes – Alessandro Pignocchi

Alpha … directions – Jens Harder

Quatorze milliards d’années résumées en à peine plus de 350 pages, tel est le tour de force réalisé par Jens Harder. Alpha …directions relate et montre, comme on ne les avait jamais vues, l’évolution des formes de vie, depuis le big bang jusqu’à l’apparition de l’homme. Ces pages impressionnantes confrontent aussi l’état actuel de notre savoir avec les croyances et représentations des époques antérieures, souvent naïves ou fantastiques, telles que l’iconographie en porte témoignage.
Alpha…directions est le premier livre d’une trilogie en quatre volumes composant Le Grand Récit. Continuer de lire Alpha … directions – Jens Harder

Manifeste incertain / Emily Dickinson . Marina Tsvetaieva – Frédéric Pajak

Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva n’ont apparemment pas grand-chose en commun. La première reste recluse chez elle, à Amherst, dans la vallée du Connecticut, tandis que la seconde, née à Moscou, étudie à Nervi, Lausanne et Paris ; contemporaine de la révolution d’Octobre, elle séjourne à plusieurs reprises en Crimée, avant de s’exiler en 1922 à Berlin, puis en Tchécoslovaquie et en banlieue parisienne. En 1939, elle retourne en Union soviétique où elle se suicide deux ans plus tard.

À travers les vies héroïques de ces deux femmes, le livre évoque deux aventures littéraires qui ont survécu à l’indifférence, à l’hostilité, voire à la censure. Femmes, elles ont refusé de se plier aux convenances et aux procédés du genre poétique, faisant preuve d’une inspiration existentielle à la fois féminine et universelle. Formellement, rythmiquement, métaphoriquement, elles ont bousculé l’ordre littéraire pour imposer un art poétique nouveau.

Ni Dickinson ni Tsvetaieva n’ont douté de leur postérité, convaincues que leur œuvre, surgie du plus profond de leur être, entrerait un jour dans la grande histoire de la poésie moderne. Continuer de lire Manifeste incertain / Emily Dickinson . Marina Tsvetaieva – Frédéric Pajak

Jeu et théorie du Duende – Federico Garcia Lorca

Texte d’une conférence prononcée en 1930, Jeu et théorie du duende “donne une leçon simple sur l’esprit caché de la douloureuse Espagne.” Mot espagnol sans équivalent français, le “duende” dérive, au sens étymologique du terme, de l’expression : “dueño de la casa” (maître de la maison). Le duende serait un esprit qui, d’après la tradition populaire, viendrait déranger l’intimité des foyers. Son second sens est enraciné dans la région andalouse. Le duende désignerait alors “un charme mystérieux et indicible”, rencontré dans les moments de grâce du flamenco, apparentés à des scènes d’envoûtement. Ces significations se rejoignent dans l’évocation d’une présence magique ou surnaturelle. Le duende provient du sang de l’artiste. “C’est dans les ultimes demeures du sang qu’il faut le réveiller”, écrit Lorca. Le duende serait une sorte de vampirisation qui injecterait un sang neuf à l’âme. De ce fait, il flirte avec la mort. En tant que forme en mouvement, García Lorca énonce que “le duende est pouvoir et non œuvre, combat et non pensée”. Là où le duende s’incarne, les notions d’intérieur et d’extérieur n’ont plus lieu d’être. Si le duende est universel et concerne tous les arts, c’est dans la musique, la danse et la poésie orale qu’il se déploie pleinement, puisque ces arts nécessitent un interprète. Or, le duende n’existe pas sans un corps à habiter. Ce minuscule décalage du regard qui donne à voir l’intervalle entre les choses, bouleverse le mode de pensée cartésien. Continuer de lire Jeu et théorie du Duende – Federico Garcia Lorca

Conversation avec Kitty Crowther – Véronique Antoine-Andersen

Le monde de Kitty Crowther est merveilleux, intense, sombre, tendre et onirique. Un monde magique qui ne peut laisser indifférent. A travers cette conversation, richement illustrée, avec Véronique Antoine-Andersen, Kitty Crowther se livre et nous dévoile une partie des clés de son univers si férocement poétique.

Kitty Crowther, née en 1970 d’une mère suédoise et d’un père anglais, vit et travaille en Belgique. Les mots et les images étant intrinsèquement liés, elle écrit et illustre tous ses albums destinés à la jeunesse. Son travail a été très tôt remarqué par la critique et couronné en Belgique et en France ainsi que dans de nombreux pays. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues et elle est souvent sollicitée à travers le monde pour donner des conférences et des workshops. En 2010, Kitty Crowther reçoit le Prix Astrid Lindgren qui est le plus prestigieux prix littéraire récompensant les auteurs de littérature d’enfance et de jeunesse : « Kitty Crowther ne se contente pas de nous livrer des histoires simples ou complexes, mais elle cherche aussi à faire passer la beauté et la magie du monde. » Continuer de lire Conversation avec Kitty Crowther – Véronique Antoine-Andersen

activer les possibles – Isabelle Stengers & Frédérique Dolphijn

Mon métier est de lire et d’être transformée par ce que je lis.

Une introduction dialoguée avec une pensée foisonnante…

Philosophe des sciences, Isabelle Stengers a la réputation d’être à la fois difficile à lire et profondément transformatrice. Sa pensée nous entraîne de Dumas aux sorcières néo-païennes, de Deleuze à une nécessaire présence au monde. Elle redimensionne notre rapport au temps et nous fait voyager à travers les strates de pensées qui fondent son travail.

C’est par l’écrit qu’Isabelle Stengers propose au lecteur de se mettre en mouvement. Dans cet entretien, elle évoque ce que la lecture demande au lecteur : l’importance d’être conscient du type de rapport que l’on entretient avec une lecture, de ses offres de transformations, mais aussi des possibles empoisonnements dont elle est parfois porteuse.

Elle partage ses rencontres avec les auteur.e.s lu.e.s, rencontré.e.s ou encore ceux et celles avec qui elle a écrit et laisse percevoir les chemins d’écriture qui l’animent. Toujours, elle pose la question de l’après : quelle est notre capacité de sentir un texte et de nous en nourrir pour en faire quelque chose de neuf ?

Isabelle Stengers dit son rapport aux mots, à l’écriture, au monde, et nous demande de parcourir des lieux d’expérimentation et d’apprentissage pour partager des trajets de pensées pensantes. Continuer de lire activer les possibles – Isabelle Stengers & Frédérique Dolphijn

Penser avec Donna Haraway – Elsa Dorlin & Eva Rodriguez (sous la direction de)

Donna Haraway est une figure majeure du féminisme contemporain. Biologiste, philosophe et historienne des sciences, ses recherches interrogent les mythes contemporains. Héritière de la tradition marxiste, elle questionne les effets de pouvoir des grandes divisions catégorielles propres à la Modernité : nature et culture, animal et humain, homme et femme, organique et technique, biologique et social, sujet et objet… Célèbre pour la façon dont elle a détourné le « cyborg », Haraway a ouvert la voie à un féminisme post-humain, insolent et geek qui rompt avec une certaine tradition essentialiste et technophobe. Le cyborg devient ce personnage tragique et ambigu qui incarne nos conditions matérielles d’existence comme nos devenirs politiques.
Donna Haraway nous invite à expérimenter d’autres points de vue, d’autres manières de voir, à construire des politiques de coalitions, d’alliances et de coévolutions inédites. Les extensions technologiques, les espèces animales « domestiques », les primates, ou encore les êtres génétiquement modifiés comme la souris Oncomouse, sont autant de compagnons de route avec qui nous partageons le monde et qui sans cesse nous interpellent et nous engagent.
Cette perspective est pleinement exprimée dans son texte « Les promesses des monstres », pour la première fois traduit en français dans le présent volume promesses accompagnées d’une dizaine de contributions autour de l’œuvre de Donna Haraway écrites par des philosophes, des historiens ou des sociologues situés dans différents champs et traditions de pensée.
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Libère-toi cyborg! Le pouvoir transformateur de la science-fiction féministe – ïan Larue

« Gynoïdes, sorcières, vampires, chiennes et souris de laboratoire : toutes sont liées à la cyborg de Donna Haraway. Reprenant la liste d’auteurs et autrices de science-fiction féministe citées à la fin du Manifeste cyborg, ïan Larue redéfinit cette figure fondatrice dans la pensée de la philosophe : « La cyborg, c’est l’esclave noire qui apprend à lire dans un roman d’Octavia Butler ; la jeune fille encapsulée qui, loin de se sentir handicapée, connaît des milliers de connexions ; la fille-orque transportée dans les étoiles. La cyborg est l’hybride suprême, hybride entre une femme réelle et un personnage de roman qui se superpose à elle pour la doter de mille nouvelles possibilités dont celle, fondamentale, de faire éclater capitalisme, famille et patriarcat. » Continuer de lire Libère-toi cyborg! Le pouvoir transformateur de la science-fiction féministe – ïan Larue

Manifeste des espèces compagnes – Donna Haraway

Ce livre propose un pari audacieux : prendre notre relation avec les chiens au sérieux et apprendre «une éthique et une politique dévolues à la prolifération de relations avec des êtres autres qui comptent». Car la catégorie des espèces compagnes est bien plus vaste que celle des animaux de compagnie, elle inclut en effet le riz, les abeilles, la flore intestinale, les tulipes… «Vivre avec les animaux, investir leurs histoires et les nôtres, essayer de dire la vérité au sujet de ces relations, cohabiter au sein d’une histoire active : voilà la tâche des espèces compagnes.» Pas de grands récits, donc, mais des histoires, dont le but est avant tout, dit Donna Haraway, de mettre des bâtons dans les roues au projet humain d’écrire seuls cette histoire. Des histoires d’amour, mais également de pouvoir, de conflits raciaux et d’idéologies coloniales, des histoires qui aident à élaborer des manières positives de vivre avec toutes les espèces qui sont apparues comme nous sur cette planète.
Quelle est notre capacité humaine à construire des relations d’altérité qui ne soient pas marquées par des rapports de domination, mais par des relations de respect, d’affection, d’amour — sans qu’il s’agisse d’anthropocentrisme ou d’anthropomorphisme? Voilà l’une des questions centrales que soulève ce livre devenu incontournable. Continuer de lire Manifeste des espèces compagnes – Donna Haraway

Gestes spéculatifs – Didier Debaise & Isabelle Stengers (sous la direction de)

La pensée spéculative trouve aujourd’hui une nouvelle actualité. Ce renouveau est indissociable de la mise en crise généralisée des modes de pensée qui, d’une manière ou d’une autre, devaient leur autorité à une référence au progrès, à la rationalité, à l’universalité. Mise en crise redoutable, car on ne s’écarte pas sans danger de ce qui a servi de boussole à la pensée euro-américaine depuis qu’il est question de modernité. Mise en crise nécessaire, car ces modes de pensée sont sourds à la nouveauté effective de notre époque, à la manière dont la mission de modernisation à laquelle ils adhéraient vire au cauchemar d’un enchevêtrement de ravages et d’impuissances. (…) Parler de « gestes spéculatifs », c’est, au contraire, mettre la pensée sous le signe d’un engagement par et pour des possibles qu’il s’agit d’activer, de rendre perceptibles dans le présent. Continuer de lire Gestes spéculatifs – Didier Debaise & Isabelle Stengers (sous la direction de)

Manifeste Cyborg et autres essais – Donna Haraway

« La fin du XXème siècle, notre époque, ce temps mythique, est arrivé et nous ne sommes que des chimères, hybrides de machines et d’organismes théorisés puis fabriqués; en bref, des cyborgs. Le cyborg est notre ontologie; il définit notre politique. Le cyborg est une image condensée de l’imagination et de la réalité matérielle réunies, et cette union structure toute possibilité de transformation historique. dans la tradition occidentale des sciences et de la politique – tradition de domination masculine, raciste et capitaliste, tradition de progrès, tradition de l’appropriation de la nature comme ressource pour les productions de la culture, tradition de la reproduction de soi par le regard des autres – la relation entre organisme et machine fut une guerre de frontière… » Continuer de lire Manifeste Cyborg et autres essais – Donna Haraway

Lettres aux derniers lettrés – Kenneth White

Huit essais percutants qui constituent un livre d’une grande ampleur et d’une rare densité.
Basés sur une analyse radicale du contexte culturel et intellectuel contemporain, ces essais explorent la notion de  » littérature mondiale  » lancée par Goethe au xixe siècle, notion que White prolonge et approfondit à son tour, en se concentrant, fondamentalement, sur le concept même de  » monde « .
Que l’on ne voie pas dans le titre de ce livre la moindre lamentation. Seulement la perception lucide que les lettrés de haut vol sont devenus rares, et le seront encore plus dans l’avenir. C’est pourtant chez eux que se poursuivra et se maintiendra la vraie vie de l’esprit. Continuer de lire Lettres aux derniers lettrés – Kenneth White

La Horde du Contrevent – Alain Damasio

Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromètre et géomètre, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.

Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d’un même feu l’aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d’un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien. Chaque mot résonne, claque, fuse : Alain Damasio joue de sa plume comme d’un pinceau, d’une caméra ou d’une arme…
Chef-d’œuvre porté par un bouche-à-oreille rare, le roman a été logiquement récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire. Continuer de lire La Horde du Contrevent – Alain Damasio

Terremer (intégrale) – Ursula K. Le Guin

Terremer est un lieu magique et ensorcelé. Une mer immense recouverte d’un chapelet d’îles où les sorciers pratiquent la magie selon des règles très strictes. On y suit les aventures de Ged, un éleveur de chèvres qui, au terme d’une longue initiation, deviendra l’Archimage le plus puissant de Terremer, mais aussi celles de Tenar, haute prêtresse du temple des Innommables de l’île d’Atuan, de Tehanu, la fille-dragon, et de Aulne le sorcier qui refait chaque nuit le même rêve terrifiant. Autour de la grande histoire gravitent des contes qui enrichissent et explorent ce monde où enchanteurs et dragons se côtoient. Continuer de lire Terremer (intégrale) – Ursula K. Le Guin

Les Chevaux fantômes et autres contes – Karen Blixen

Dans le château d’une petite principauté allemande, au début du siècle dernier, le peintre Cazotte, conseiller de la grande-duchesse, rêve en observant une jeune fille. ce séducteur patenté déploie une patience infinie pour percer le mystère d’Ehrengarde, la farouche descendante d’une famille de militaires frustres et disciplinés. mais il se sentira floué en voyant Ehrengarde, fidèle à son nom qui signifie « gardienne de l’honneur », compromettre sa réputation pour sauver celle de la famille patricienne qu’elle sert.
Dans cette nouvelles, comme dans celles qui suivent, les personnages agissent sous l’empire de sentiments aussi désuets que l’amour, l’honneur et la fidélité, dans un monde où le rêve sert de contrepoint à la réalité. Continuer de lire Les Chevaux fantômes et autres contes – Karen Blixen