La Main gauche de la nuit, Ursula K. Le Guin

— Vous n’avez pas encore compris, Genry, pourquoi nous avons porté à sa perfection l’art de la divination et pourquoi nous le pratiquons.
— Non.
— Pour démontrer la parfaite inutilité de connaître la réponse à la mauvaise question.


L’inconnu, le non prédit, le non prouvé, voilà sur quoi se base la vie. L’ignorance est le terrain de la pensée. L’absence de preuve est le terrain de l’action. Si l’on prouvait qu’il n’y a pas de Dieu il n’y aurait pas de religion. Pas de Handdara, pas de Yomesh, pas de dieux du foyer. Mais aussi, si l’on prouvait qu’il y a un Dieu, il n’y aurait pas de religion… Dis-moi, Genry, qu’est-ce qui est su ? Qu’est-ce qui est sûr, prédictible, inévitable – l’unique chose certaine que tu sais à propos de ton futur, et du mien ?


Les histoires de prédictions sont monnaie courante dans la grande famille humaine. Les Dieux parlent, les esprits parlent, les ordinateurs parlent. L’ambiguïté des oracles ou le calcul des probabilités ménagent des issues, et les contradictions sont effacées par la foi.


Nous avions parcouru toute cette distance et passé tout ce temps dans une nature sauvage où rien ne vit et ne parle : roc, glace, ciel, silence ; rien d’autre pendant quatre-vingt et un jours, rien d’autre que moi pour Estraven et lui pour moi.

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