Faunes – Christiane Vadnais

La vie grouille partout. Dans l’eau de la rivière, dans les flaques, à l’envers des roches, partout dans la terre lourde de pluie qu’ils soulèvent pour creuser à leur compagne son lit définitif. Vers, coléoptère, champignons, algues, virus, protozoaires. Calliphora vicina. Tout est habité : le ciel, la forêt, la rivière, le sol remuant et l’eau qui coule dans ses fissures. Alex ne sera pas ensevelie seule, mais accompagnée de tout ce qui amorcera sa désintégration.


Ils espèrent que dans la mort on redevient soi, un soi solide et univoque, alors qu’ils savent très bien que c’est le contraire. Sous la terre on se démembre et chacun des atomes qui était soi devient autre – on imagine toujours un arbre, une plante, une fleur, mais ce pourrait bien être une larve, ou encore plus repoussant et infime : un fungus.


Species inquirenda, se dit-elle en observant le spécimen sur la planche. De la tête à la queue, il fait près de soixante centimètres. Ses prédateurs – ou ses proies, plus vraisemblablement – devaient le confondre avec les roches des fonds marins. Avec le gris orageux de ses écailles, l’amplitude menaçante de sa mâchoire, il rayonne de la grâce inquiétante des espèces archaïques. Les nageoires se déploient autour de son corps, raides. Laura se pique au bout d’une arête et son doigt laisse échapper une perle de sang.


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