Oublier le temps – Peter Brook

Malgré ses efforts, Yoshi ne savait pas plus de deux ou trois mots d’anglais ; il était donc clair que le texte ne lui serait d’aucune utilité. Les fantômes et les sorcières faisaient cependant partie de son univers familier et un entraînement rigoureux dans le théâtre nô lui avait appris le vocabulaire du surnaturel. Quand il se mettait debout, son corps exprimait, avant même de bouger, une légèreté d’une essence très particulière. Des impulsions d’énergie, différentes de celles que nous connaissions, élevaient genoux et bras comme pour tapoter doucement le ciel. Un oiseau inconnu s’envolait sous nos yeux, poussant des cris aux rythmes envoûtants, un moment suspendu dans l’immobilité, comme peint sur un rouleau de soie. Yoshi ne nous présentait pas une figure du répertoire du théâtre classique japonais : au contraire, sans aucune préparation mais avec toutes les ressources d’un corps bien entraîné, il avait, en un instant, créé une nouvelle image qui nous parlait d’une manière si directe que nous pouvions tous la partager.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s