Le conte : témoin du temps, observateur du présent (Rencontre internationale de Sherbrooke en 2009)

Parfois, des conteurs se mettent à chanter dans leurs contes parce qu’ils sentent que les paroles ne suffisent plus. (Marc Aubaret)


Mais je pense que la transmission du conteur n’est pas un art de la représentation, c’est un art de la mise au travail d’une communauté. (Marc Aubaret)


Aujourd’hui, les paroles que nous recevons se situent beaucoup dans le discours, elles nous sollicitent, elles obéissent à des intentions qui nous poussent vers la consommation ou l’adhésion. Il y a très peu d’espaces de parole où le symbole reste ouvert et qui nous rendent acteurs dans l’écoute. Or, chez ceux qui retournent au conte, il y a peut-être une envie de revenir à une autonomie de pensée ou à des sources, à des racines qui peuvent participer d’une volonté de donner sens à notre monde. (Marc Aubaret)


Quand on parle de structure narrative dans ces contes, on décrit un réseau de relations symboliques dans un espace de possibilités, cet espace étant l’être humain, ce qu’on peut appeler son paysage intérieur. Le conte nous invite à vivre ce paysage comme s’il était vide, disons vidé des attachements habituels, de ce qu’on connaît et désigne comme étant vrai, c’est-à-dire conçu comme possible. (Régina Machado)


Nous pourrions parler et échanger des heures sur ce que transmet un conte. L’une des choses importantes que transmet le conte, à mon avis, est la prise de conscience, ce qui est très différent de la leçon de morale. Et cette façon d’apprendre en douceur, d’apprendre en respectant la dignité de celui qui est en face, je la trouve extraordinaire. (Jihad Darwiche)


(Nicole Belmont) dit que le conte dévoile en voilant. Je trouve que c’est un outil intéressant parce qu’on n’est pas dans un espace de compréhension, on est dans un espace qui déclenche quelque chose; et ce déclenchement n’étant pas compris immédiatement crée une vraie distance. Le conte va nous habiter sans que l’on sache vraiment ce que l’on travaille; il va jouer avec des résonances de notre propre matière intérieure. (Marc Aubaret)


… j’ai l’impression que pour notre apprentissage vers la transformation du monde, il y a aussi dans le conte un regard sur la manière de générer la connaissance entre nous. Et tout un regard sur la vérité. Qu’est-ce qu’une demi-vérité, quand est-ce qu’on sait que c’est vrai? On a beaucoup à apprendre, pour faire la science autrement, dans la manière dont on connaît à travers les contes. (Vivian Labrie)


Ce que j’espère, c’est d’encourager les conteurs et les amis du conte à discuter de ce qui se fait, plutôt que de discuter de ce qui ne se fait pas. (Jacques Falquet)


Aujourd’hui, on dit souvent que le conte est un art. Toutefois, si c’est un art, où est l’appareil critique qui permet de juger cet élément comme art? Je ne connais pas d’art sans outil théorique, sans outil de base, sans un espace de discussion de pensée, de philosophie sur cet art, sans grille de lecture des éléments en place. On se plaint du fait que les journalistes font des critiques atroces sur le conte. Mais quels outils ont-ils pour en traiter? C’est pour cela que je pense que c’est peut-être davantage un art émergent qui se joue aujourd’hui, qu’un art traditionnel – même s’il s’appuie sur la tradition, sur une matière issue de la tradition. (Marc Aubaret)


Les enfants, on peut leur raconter des histoires effrayantes, parce que la pire peur pour eux – et c’est ce qui arrive vers l’âge de 4 ans -, c’est d’avoir des peurs et de ne pas savoir de quoi ils ont peur. S’ils n’ont pas d’images, c’est catastrophique! Alors que le conteur, en leur faisant peur avec des images, comble ce vide. La première fois, ils tremblent; la deuxième fois, ils commencent à se relever et la troisième fois, ils n’ont plus peur. C’est gagné! Par contre, si on commence à expurger les contes, on ne fait plus le travail du conteur. (Marc Aubaret)


Selon moi, être conteur, c’est à la fois accepter de s’inscrire dans une chaîne de transmission et y amener sa créativité, son regard spécifique sur le monde. Il ne s’agit pas, en s’appuyant sur des récits existants, de redire d’une manière figée un répertoire traditionnel, mais bien de rendre vivante et contemporaine une matière qui se trouve à la disposition d’une société. (Marc Aubaret)


L’homme supporte mal de devoir traîner de vieux éléments inutiles. Donc, si le conte est perçu comme figé, comme folklorique dans le mauvais sens de ce terme, on est alors en présence d’un répertoire mort. Or, le conte est plutôt là pour essayer de nous aider à comprendre ce qui était et ce qui sera. (Marc Aubaret)


L’artiste conteur, comme tous les artistes, ne peut être dissocié d’un engagement politique et social. Sinon, notre société court à la catastrophe. (Marc Aubaret)


En premier lieu, je trouve qu’aujourd’hui, conteurs, auditeurs ou amoureux du conte, en dehors du répertoire, nous avons quelque chose à protéger qui est actuellement en danger : c’est la parole vivante. (…) Je trouve qu’aujourd’hui, dans notre société, la parole est menacée par la division du travail, par le pouvoir exorbitant de l’employeur qui va jusqu’à formater la parole des gens qui travaillent pour lui. Je trouve que ça, c’est grave. (Michel Hindenoch)


Il nous appartient aussi de chercher des lieux pour raconter, d’autres lieux que les scènes de théâtre. Pour moi, la scène n’est pas l’endroit idéal pour la parole du narrateur. C’est un lieu d’incarnation et d’action. C’est le lieu du théâtre, de la représentation. (…) La parole, ça commence quand on s’arrête. Donc, il nous reste à chercher d’autres lieux publics pour ne pas nous laisser distraire de notre fonction première. (Michel Hindenoch)


Mais moderniser un conte, c’est l’écraser, le rendre plat, à l’échelle du présent immédiat. C’est-à-dire que c’est une petite mémoire qu’on est en train d’explorer, alors qu’on sait très bien qu’un conte, c’est une mémoire immense. On sait bien, lorsqu’on les lit ou lorsqu’on les entend, que c’est justement ça qui travaille en nous. Actualiser les histoires, pour moi, c’est d’abord les rendre vraies. Et les laisser vivre dans la profondeur du temps. A les rendre modernes pour les rendre plus accessibles, on risque fort de les aplatir. (Michel Hindenoch)


Les véritables héros s’arrêtent et écoutent. Ils sont disposés à entendre une voix qui dépasse la fréquence du quotidien. (Dan Yashinsky)


Qui légitime les artistes? Qui les intronise ou qui les confirme? (…) Je pense vraiment que c’est en traversant les épreuves, en étant endurant, teigneux, tenace et patient qu’on finit par le devenir (…) Je crois que vous devez vous légitimer vous-mêmes et ne pas attendre ça de quiconque. (Michel Hindenoch)


Le conte est cet art de la scène qui survit à la panne d’électricité. (Mike Burns)





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