Cassandre – Catherine Lalonde

Tu bouffes tes cheveux aux prédires

un à un et poignée par poignée

comme les bêtes malades

c’est le grand arrachage

tu hurles sur les armures cassées

tu frappes ta tête frappes ta censure

le venir le passé dans tes yeux font la fièvre

tu casses tes griffes aux médisances

le venir le passé le mortier de tes murs

effrités à jamais farine sur la neige

tu vois d’avance dedans la main des autres

le bon grain le malheur et l’ivresse

dans le miroir pourtant tu ne vois pas

ce triangle à ton cou dégorgé le signe des anciens

l’affreux demain t’attend au coin

roc papier marteau dans sa main levée

écoute un peu le fracas les pas le moment le tic

écoute


ta rage à la criée contre les vents levés

ta rage qui sait la muselière et qui la voit venir

ton impossible envie d’être libre

chienne fofolle et sans aucun collier


A cette heure imprécise de chiens et de boue

à cette heure qui noircit les pattes

et appelle tes visions

tu guettes

sous ton poil la battue folle imprécise

ton cœur tes peurs

la chevauchée coupable de toujours vouloir plus

museau pointé droit sur l’attente

toi qui sais tout venir Cassandre tu ne sais pas

qu’à tant guetter tu ne vois rien

ni ta laisse ma main imprécise

ni ma poigne à ton col

ni la mousse qui monte

tranquille

au nord du nord de ton cul


Au fond du vase de ta rage reste le désir

tes derniers appartenirs

une médaille d’abandonnée gravée au nom de Pandore

et une patte de lièvre sciée sec à l’hiver

pour porter bonheur à une petite fille

qui souffrait de ses dents


Il pleut des enfances battues sur tes joues de ravage

la chiennée vive te rentre dedans

et ta peau de force prend sa forme

tu gémis tu gémis aux riens bêtes du vent

des tourmenteries et des becs soufflés

il pleut des vies adultes à la pelletée

la chienne de vie te mord aux dents

j’aurais voulu te protéger

te sortir des packs établis

te transvaser dans deux petits pots

un de formol et un de grand bordeaux

tout le mauvais de toi le sale

avec le vinaigré

tout le bon avec le doux

bien étiqueté

la vache de vivre te frappe aux flancs

tous les coups sont permis

la répression la honte le mal de vivre

la trace des autres jusque dans ton lit

dans ta panse répandue formidable

l’humiliation avalée jour après jour


Tourne ta bouche ouverte vers la tempête

avale

le sang du ciel et la misère des autres

avale

ce grand bol d’airs anciens

mange l’immense lac du désir

avale

les moments faibles

avale

ta perdure plus toute jeune

prends ton respir

ne souffle mot

la laisse au cou te gardera dans le champ des possibles

arrache ta colère comme une dent

avale

ton orgueil cueilli vif à sa source

avale

l’amour homogénéisé

prends ton souffle

ne respire pas

garde-toi de l’air pour les années à venir

avale

le jus de bras le crachin dans les mains

avale

les traces de tes dérives encore fraîches

avale

ton théorème marin par les racines

je veux tout le malheur pendant que je suis jeune

dis-tu

après il ne me restera plus que les desserts

prends ta gueule

ferme-la

avale et couds-la ferme


Nous perdions nos jappées et nos dents dans le concert funeste

des chiens morts-vifs encore debout

qui s’effritent doucement farine sur la neige

au sortir de ce siècle

nous perdions nos jappées nous étions deux

deux à se chercher des puces à se lécher les oreilles

tu seras Cassandre Tirésias la dernière à hurler

moi derrière à tenir debout tes cris

la dernière encore debout à oser appeler



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