Colette Magny. Citoyenne-blues – Sylvie Vadureau

AMOUR

Qui j’aime me crée, qui m’aime me crée; j’ai tout à te dire et c’est à toi que je le dis; ne te farde pas je ne peux supporter d’entrevoir la mort sur ton visage.

ATTENTE

Je garde l’image d’une petite fille assise sur le palier en haut des marches de l’escalier et qui attend chaque soir à l’heure du dîner sa mère qui tarde à rentrer. Depuis toujours je déteste attendre.

BOA

La machine nous enlace comme un boa. Dans la chaleur, le bruit, les horaires, je manque d’air.

Un jour chez Kadok, j’ai rêvé de construire un jardin… les pommes jaillissent des salades. Les petits pois coulent le long de mes cuisses. Les tiges en bras d’amoureux moulent mes hanches. Un jour, j’ai rêvé…

CHEROKEE

La longue marche des Indiens Cherokee sur la piste des larmes. Cherokee, Cherokee get guns and be free.

CHIEN

C’était un chien inutile, il ne savait rien faire d’utile pour eux – ni chasseur, ni berger; alors les paysans l’ont rejeté. Dis le chien, qu’entends-tu au loin que je ne perçois pas? L’arc-en-ciel des torturés.

CINÉMA

Un film m’a touchée profondément : Le pays où rêvent les fourmis vertes de Werner Herzog. C’est la lutte dérisoire et essentielle des Aborigènes contre les bulldozers de la civilisation moderne. Il y va de leur identité.

COLÈRE

J’ai la colère béante; je ne décolère pas. Ça me tient debout. J’irai hurler dans les bois.

COMPRENDRE

Cette démence de toujours vouloir comprendre qui me tient et qui me perd chaque fois. Je ne sais pas faire autrement.

CONSIDÉRATION

Refus absolu d’être néantisée; exige d’être considérée. Rien à voir avec le respect.

DANSER

J’aurais tant aimé danser jusqu’à la fin de mes jours. Ah! j’aurais tant aimé danser jusqu’à la fin de mes jours…

DÉCISION

A trente-six ans, fonctionnaire dactylographe bilingue à l’O.C.D.E. j’ai réfléchi toute une nuit sur la notion de sécurité; au petit matin, considérant que cette notion n’existait pas, j’ai donné ma démission et j’ai choisi de devenir chanteuse.

DIVERTISSEMENT

Le temps n’est plus à l’art du divertissement. Je suis une femme bien ordinaire, en d’autres temps, j’aurais fait un excellent crooner.

DJOUTCHE

En coréen signifie : comptez sur vos propres cerveaux, vos propres forces. Nous ne laisserons personne penser à notre place. Djoutché, Djoutché le vent va changer.

DOULEUR

J’ai envie de parler de ma vie. La douleur m’a éduquée, je suis un dromadaire.

EXIL

Le travail est dur; la nuit me semble longue; peut-être frère, ne te reverrais-je jamais? Comment travailler pour des enfants qu’on ne voit pas. Quand une lettre arrive, tout se change pour moi. Je suis malheureux comme un chien, j’en ai marre d’être en exil.

L’AUTRE

J’ai moins d’espace. Mais qu’est-ce que je ferais toute seule.

LIVRES

Ce sont les livres qui ont le plus influencé ma vie. J’ai été une lectrice tardive mais aiguë.

LUX-CÔTE D’OR

C’était le glacis, la rivière… L’oncle Marcel; à huit ans et demi… je fus accusée de séduction. Mon corps, ma vie, ma tête, bouleversés, pour toujours.

MAL (AVOIR)

Quand j’ai mal, j’ai mal à vivre. Je n’aime pas que les autres aient mal. Quand je vois quelqu’un qui a mal dans son regard, ça m’embête. Ce n’est pas seulement de la sympathie.

MONDE

Ce qui serait important pour le monde serait de ne pas être ce qu’il est – brisé.

NOTES

Jusqu’à la fin de mes jours je soulignerai, je cocherai, je noterai, j’annoterai, j’empocherai l’âme imprimée des Inspirés dans mes cahiers de notes.

PAROLE

« La parole doit sortir du cœur et non de la bouche » dit un conte africain.

PESSIMISTE

Le monde est comme ça et je suis profondément pessimiste.

Aujourd’hui je ne suis plus pessimiste, je suis profondément désespérée. Je continue à ne pas comprendre qu’avec tous les hommes et toutes les femmes intelligents, généreux et compétents qui sont sur cette planète les enfants qui naissent abordent un monde brisé. Ça, je ne peux le supporter.

PROTESTER

Il faut continuer de protester même si cela reste peu efficace. Je continue de le croire quitte à être traitée de vieille gauche.

QUELQU’UN

As-tu vu quelqu’un

Tu as vu quelqu’un

Personne

Mais enfin puisque je te dis qu’il y a tous les copains.

Tu vois bien

Y’a quelqu’un

Y’a quelqu’un

Y’a plus personne; alors je vois plus rien.

ROSA

Tu étais contre les bureaucrates et contre la guerre; au nom de l’efficacité ils t’ont assassinée. Rosa de l’amour et des jardins, que tous les fous de la terre nous prenne dans leurs bras.

SEXE

Depuis toujours, j’ai été bisexuelle, mais je ne crois pas à la libération sexuelle. La misère sexuelle, on ne peut en parler avec facilité.

STRATÉGIE

Si un jour je pensais vraiment que ce que je dis peut être utile et pas seulement pour mon plaisir, là, peut-être, j’emploierais une stratégie et j’aurais les mains sales.

TENDRESSE

Que faire de la tendresse qu’en soi l’on abrite?

TOURNIS

J’ai le tournis; on se porte mieux quand on ne sait rien. Pas à pas, moi je découvre et je ne comprends toujours rien.

UTOPISTE

Je suis une pauvre utopiste « chrétienne » qui ira à la poubelle de l’Histoire! Mais je préfère me tromper plutôt que me conformer.

VIE/MORT

La mort me hante, la vie m’épouvante; dans ces limites acceptées, je vivrai pleinement ma vie; en douleur attentive, en plaisir épanouie.

VOIX

Si je n’avais pas eu assez de voix pour chanter, j’aurais été conteuse.


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