De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme – Audre Lorde

Mais extérioriser la colère, la transformer en action au service de notre vision et de notre futur, est un acte de clarification qui nous libère et nous donne de la force, car c’est par ce processus douloureux de mise en pratique que nous identifions qui les allié.e.s avec lesquel.le.s nous avons de sérieuses divergences, et qui sont nos véritables ennemi.e.s.

Si je participe, consciemment ou non, à l’oppression de ma sœur, et qu’elle m’interpelle là-dessus, répondre à sa colère par la mienne ne fait qu’étouffer la substance de notre échange.

Cette haine et notre colère sont très différentes. La haine, c’est la fureur de celles et de ceux qui ne partagent pas nos objectifs, et elle a pour but la mort et la destruction. La colère, elle, est une douleur provoquée par des décalages entre personnes égales, son but est le changement.

Je ne peux pas cacher ma colère pour vous éviter la culpabilité, (…); parce qu’agir ainsi c’est insulter et banaliser nos efforts. La culpabilité n’est pas une réponse à la colère; c’est une réponse à nos propres actions, ou à une absence d’action. Si la culpabilité mène au changement, alors elle peut être utile puisqu’il ne s’agit plus de culpabilité mais du début de la connaissance. Cependant, trop souvent, la culpabilité est l’autre nom de la faiblesse, l’autre nom d’une réaction défensive qui détruit toute communication; elle devient stratagème abritant l’ignorance et perpétuant les choses telles qu’elles sont, rempart ultime contre tout changement.

(Entre femmes), on travaillait à extérioriser la colère, mais très peu à exprimer la colère des unes envers les autres. Aucun moyen n’a été développé qui permette aux femmes d’appréhender cette colère des unes envers les autres, hormis l’éviter, la détourner, ou la fuir en se cachant sous un manteau de culpabilité.

Les colères entre femmes ne nous tueront pas si nous savons les formuler avec précision, si nous écoutons le contenu de ce qui est dit avec au moins autant d’intensité que nous mettons à nous protéger de la façon dont cela est dit. Quand nous détournons la colère, nous nous détournons de perceptions nouvelles, affirmant ainsi que nous acceptons les schémas préétablis, des schémas dont la familiarité nous est mortelle et sécurisante. J’ai essayé d’appréhender en quoi ma colère m’est utile, autant que ses limites.

 

Source : https://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=387

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