Romain Rolland – Stephan Zweig

« … l’art qui contribue à unir les hommes a seul de la valeur; le seul artiste qui compte est celui qui sacrifie quelque chose à ses convictions; la condition de toute vocation véritable n’est pas l’amour de l’art, mais l’amour de l’humanité; quiconque est rempli de cet amour des hommes peut seul espérer créer une fois en art une œuvre de valeur. »

« Quel mystère étonnant que celui de la gloire et de son infinie variété! Chaque renommée a sa forme propre, indépendante de l’homme auquel elle échoit et lui appartenant pourtant comme son destin. Il y a une gloire sage et une folle, une juste et un une juste, une gloire frivole et éphémère qui s’éteint avec un pétillement de feu d’artifice, une gloire lente, au sang lourd, qui s’avance en hésitant derrière l’œuvre achevée, il y a enfin une gloire infernale et maligne qui arrive toujours trop tard et se nourrit de cadavres.

« Cette œuvre est née des ténèbres, car le pays qui a perdu une guerre est comme l’homme qui a perdu son Dieu. Du coup, l’extase fanatique se change en épuisement sans nom. Cette flamme qui brûlait au cœur de millions d’hommes s’affaisse; il n’en reste que cendres et scories. Toutes les valeurs se trouvent soudain dépréciées : l’enthousiasme a perdu toute raison d’être, la mort devient inutile, les actions qui hier encore passaient pour héroïques ne sont plus que folies, la confiance se transforme en déception, la foi elle-même n’est plus qu’une misérable aberration. On n’a plus la force de se réunir; chacun vit pour soi, rejette la faute sur son prochain, ne pense qu’au gain, aux profits, aux avantages, et une lassitude infinie rompt l’élan des volontés tendues. Rien n’anéantit la force morale des masses autant qu’une défaite; il n’est rien qui avilisse et fasse faiblir ensuite à ce point l’attitude intellectuelle d’un peuple. »

« Un héros ne luttera pas pour les petits détails de l’existence ou pour obtenir des succès, mais bien pour la vie prise dans son ensemble, pour la vie elle-même. Celui qui évite le combat parce que la solitude lui fait ^peur est un vaincu; celui qui élude la souffrance et cherche à se donner le change, en parant d’une beauté artificielle le tragique de toutes choses terrestres, est un menteur. Je hais, s’écrie Rolland indigné, l’idéalisme couard, qui détourne les yeux des misères de la vie et des faiblesses de l’âme. Il faut le dire à un peuple trop sensible aux illusions décevantes des paroles sonores : le mensonge héroïque est une lâcheté. Il n’y a qu’un héroïsme au monde : c’est de voir le monde tel qu’il est et de l’aimer. »

« Quiconque remonte de l’abîme peut seul apporter un message dans les hautes sphères de l’esprit, car le chemin qui conduit aux paradis doit nécessairement traverser les purgatoires de l’existence, et chacun de nous devra le chercher tout seul; mais celui qui s’y avance le front levé est un guide, et il élève les autres hommes jusqu’à son univers. Les grandes âmes sont comme de hautes cimes. Le vent les bat, les nuages les enveloppent, mais on y respire mieux et plus fort qu’ailleurs. L’air y a une pureté qui lave le cœur de ses souillures; et quand les nuées s’écartent on domine le genre humain.« 

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