Sissi était zombie // L’Autriche en prose et poésie

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Ingeborg Bachmann

La nuit à pas de cheval de Ingeborg Bachmann

La nuit à pas de cheval, devant la porte le noir destrier,

mon cœur tremble comme avant et me tend de volée la selle,

rouge comme le licol, que Diomède me prête.

Le vent me saute dessus violemment dans les rues sombres

et partage la boucle noire des arbres dormants,

dont les fruits que la lune mouille

sautent en s’affolant sur l’épaule et l’épée,

j’ai jeté mon fouet sur une étoile éteinte.

Une fois seulement je retiens mon pas, pour embrasser tes lèvres infidèles

déjà tes cheveux se trouvent dans les rênes,

et ta chaussure dort dans la poussière.

J’entends encore ta respiration

et le mot, avec lequel tu me battais.


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Karl Kraus

Pro domo et mundo de Karl Kraus

Percer les êtres n’est pas mon affaire, et je ne m’y emploie absolument pas. Mais un beau jour, le voisin se tape le front, sait qui il est, et me hait.

Les Derniers Jours de l’humanité de Karl Kraus

L’humour n’est que le reproche à soi-même de quelqu’un qui n’est pas devenu fou à la pensée d’avoir gardé le cerveau intact en témoignant de cette époque.
Seul lui, qui livre à la postérité la honte de sa participation, a droit à cet humour. Quant à ses contemporains, qui ont toléré qu’adviennent les choses décrites ici, qu’ils relèguent le droit de rire derrière le devoir de pleurer.

Troisième nuit de Walpurgis de Karl Kraus

Dans tout le périmètre de son horreur, une seule personne est venue s’inscrire contre cette façon de penser qui sidère moins par sa façon d’agir que par la simultanéité de l’accord dans lequel est placée. Une personne a osé agir et faire preuve d’esprit face à la menace physique. Rapport d’un civil inconnu:

 » Dernièrement, sur le Kurfürstendamm, des SA ont fait irruption dans un magasin bien connu. Ils se sont comportés de façon extrêmement menaçante, tant et si bien que le fils du propriétaire a couru chercher l’aide de la police, pendant que son père était retenu dans la boutique. Il a dit à la patrouille de police que des communistes avaient fait irruption dans le magasin. Face aux SA, il a répété qu’il les tenait pour des communistes déguisés et des provocateurs vu que, à en croire ce que disaient les communiqués officiels, les SA se comportaient toujours de façon correcte et respectaient la loi. Après de longues palabres, les policiers n’eurent d’autre solution que de conduire les SA au poste de police. »

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Josef Winkler

Langue maternelle de Josef Winkler

Hier le sapin s’est agenouillé devant moi, il a croisé ses branches et s’est mis à prier. Je me suis emparé d’une hache et j’ai coupé les branches qui m’adressaient leurs prières. Quand commencerons-nous enfin à dresser dans les forêts d’épicéas les bustes de bûcherons décédés. Un enfant buvant du sang de cigogne. Cette nuit en rêve, j’ai donné un baiser à Judas, qui a trahi Jésus. Un nain n’arrive pas à la cheville d’un géant, le David de la Bible aurait pu le prouver. L’infirme parlait avec une telle exaltation de la beauté de sa femme que je voulus être infirme moi-même afin de pouvoir aimer une belle femme.

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Thomas Bernhard

Sur la terre comme en enfer de Thomas Bernhard

Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit,
rien de ce tourment qui m’épuisait
comme la poésie qui portait mon âme,
rien de ces mille crépuscules, de ces mille miroirs
qui me précipiteront dans l’abîme.
Tu ne sais rien, mon frère, de la nuit
que j’ai dû traverser à gué comme le fleuve
dont les âmes sont étranglées depuis longtemps par les mers,
et tu ne sais rien de cette formule magique
que notre Lune m’a révélée entre les branches mortes
comme un fruit du printemps.

Nikolaus Korab. Friederike Mayröcker, 1998/2014
Friederike Mayröcker

Friederike Mayröcker: Discours à l’occasion de l’attribution du Prix pour les pièces radiophoniques, 22 avril 1969.

Pour moi, écrire ne signifie pas seulement analyser une souffle, un regard, un voyage aux endroits de l’enfance, un fait, mais aussi analyser les relations au monde des mots d’hier et d’aujourd’hui.En écrivant, je crée un lieu de transbordement où se croisent toutes les impressions ou les expériences d’une journée; je crée une sorte de cosmos, dans lequel tous les éléments s’affrontent jusqu’au moment où la forme – ne faisant plus qu’une avec l’idée – les fige et les réconcilie. Donc, l’acte d’écriture est à la fois fait d’intuition et d’intellect, de griserie et de sobriété, toujours exposé à un déplacement d’accent.Écrire, c’est créer un monde artificiel, créer continuellement de nouveaux modèles, des micro-mondes, en prenant de temps en temps le large, tel un arc en ciel qui s’étendrait de l’infini à l’infini.

 

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