Citations

L’opacité ne cessera plus d’être mon affaire. Elle sera, aussi bien dans ma vie personnelle que dans mon travail, l’adversaire désigné d’une lutte que je ne cesserai pas de mener. Je la traquerai partout où elle me semblera évoluer masquée ou protéiforme. (…) Et que m’importe qu’elle m’ait fait ou qu’elle me fasse parfois passer pour rétrograde, conservateur ou paranoïaque. Elle ne parviendra jamais à décourager ma patience (…). Et combien je me sens légitimé dans mon attitude par le propos si beau et si juste d’Albert Camus quand il nous avertit que « mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde ». (Aldo Naouri, Adultères)

Je crois que si on écrit exactement ce que l’on veut écrire, cela perd de sa valeur; il convient d’aller au-delà. (Jorge Luis Borgès, Dialogues II)

L’émotion est la condition de la transformation des idées en images. (Mahmoud Darwiche. La Palestine comme métaphore)

Je peins l’au-delà, mort ou vivant. L’au-delà de mes idées par des images. (René Magritte)

A Paris, un psychiatre devait me dire : « Il y a des aliénés qui choisissent la folie et la défendent avec une force, une continuité à toute épreuve – on a parfois appelé cela ‘une folie sacrée’… C’est d’une puissance qui décuple les forces d’un homme – ce qu’il faut pour survivre… Privez-les de leur folie, rendez-les à la réalité, et ils se suicident ou vivent comme des légumes, sans trace d’humain… (Romain Gary, Les trésors de la mer Rouge)

La transmission nécessite évidemment de la compétence, mais elle requiert aussi, outre une technique, un art. Elle nécessite ce qui n’est indiqué dans aucun manuel, mais que Platon avait déjà indiqué comme condition indispensable à tout enseignement : l’éros, qui est à la fois désir, plaisir et amour, désir et plaisir de transmettre, amour pour la connaissance et amour pour les enseignés. L’éros permet de dominer la jouissance liée au pouvoir au profit de la jouissance liée au don. C’est cela qui, en tout premier lieu, peut susciter le désir, le plaisir et l’amour de l’élève et de l’étudiant. (Edgar Morin, Une tête bien faite)

L’ailleurs est un miroir négatif. Le voyageur y reconnait le peu qui lui appartient, et découvre tout ce qu’il n’a pas eu et n’aura pas. (Italo Calvino, Villes invisibles)

La folie est un bateau sur lequel on peut danser toutes ses nuits et qui un jour peut s’éloigner en laissant la mer se refermer derrière lui. (Nadia Ghalem)

La monosyllabe a une étrange capacité d’immensité : mer, nuit, jour, bien, mal, mort, oui, non, dieu. (Victor Hugo)

L’objet de la poésie deviendrait une connaissance des secrets de l’univers qui nous permettrait d’agir sur les éléments. (René Magritte)

Qui te fait du bien te lie. Qui te fait du mal te libère. La liberté surpasse les fers. (Hakim Al-Termizi, maître soufi du 9ème siècle)

A qui veut rêver bien, il faut dire : commencez par être heureux. Alors le rêve parcourt son véritable destin, elle devient rêverie poétique : tout par elle, en elle, devient beau. Si le rêveur avait « du métier », avec sa rêverie il ferait une oeuvre. Et cette oeuvre serait grandiose puisque le monde rêvé est automatiquement grandiose. (Gaston Bachelard, Poétique de la rêverie)

Ce qui manque terriblement dans l’héritage grec, c’est la poésie de Troie. (Mahmoud Darwiche. La Palestine comme métaphore)

Ici se pose le problème essentiel de l’écriture : le passage du pressenti au nommé. (Paul Willems)

Il est encore des âmes pour lesquelles l’amour est le contact de deux poésies, la fusion de deux rêveries. On mutile la réalité de l’amour en la détachant de son irréalité. (Gaston Bachelard, Poétique de la rêverie)

Ces journées à courir dans les hautes herbes à Ogoja, c’était notre première liberté. La savane, l’orage qui s’accumulait. Chaque après-midi, la brûlure du soleil sur nos têtes, et cette sensation trop forte, presque caricaturale de la nature animale, c’est cela qui emplissait nos petites poitrines et nous lançait contre la muraille des termites, ces noirs châteaux hérissés contre le ciel. Je crois que je n’ai jamais ressenti un tel élan depuis ce temps-là. Un tel besoin de me mesurer, de dominer. C’était un moment de nos vies, juste un moment, sans aucune explication, sans regret,  sans avenir, presque sans mémoire. (J.M.G Le Clézio, L’africain)

Durant tout l’hiver les mots cherchent leur chemin jusqu’à la clôture qui existe en chacun d’eux. Chaque fois ils essaient d’arriver à un sourire, à un soudain battement d’ailes, un envol droit vers le ciel. (Göran Tunström, L’oratorio de Noël)

Mais la mode a changé, et l’art d’écouter une histoire s’est perdu en Europe. Les indigènes d’Afrique qui ne savent pas lire, l’ont conservé… Mais les Blancs ne savent pas écouter une histoire, même s’ils sentent qu’ils le devraient. S’ils ne s’agitent pas, ou s’ils ne peuvent pas s’empêcher de penser à une chose qu’ils doivent faire toutes affaires cessantes, ils s’endorment. Ces mêmes personnes peuvent fort bien demander quelque chose à lire, un livre ou un journal, et sont tout à fait capables de passer la soirée plongées dans quelque chose d’imprimé, et même de lire un conte. Ils se sont habitués à recevoir toutes leurs impressions par le truchement des yeux. (Karen Blixen, La ferme africaine)

Le ciseau du sculpteur libère la jeune fille, l’athlète ou le cheval du bloc de marbre. De même les signes sont tous prisonniers de l’encre et de l’encrier. Le calame les en libère et les lâche sur la page. La calligraphie est libération. (Michel Tournier, La goutte d’or)

Le vertige, c’est autre chose que la peur de tomber. C’est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi. (Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être)

Satisfaction d’éprouver la froideur qui se répandait en moi. Je ne savais pas encore que l’insensibilité n’est jamais un progrès, à peine une aide. (Christa Wolf, Cassandre)

Répétons ici la différence entre expliquer et comprendre. Expliquer c’est considérer l’objet de connaissance seulement comme un objet et lui appliquer tous les moyens objectifs d’élucidation. Il y a ainsi une connaissance explicative qui est objective, c’est-à-dire qui considère des objets dont il faut déterminer les formes, les qualités, les quantités et dont le comportement se connaît par causalité mécanique et déterministe. L’explication est bien entendu nécessaire à la compréhension intellectuelle ou objective. Elle est insuffisante pour la compréhension humaine. Il y a connaissance qui est compréhensive, et qui se fonde sur la communication, l’empathie, voire la sympathie inter-subjectives. Ainsi je comprends les larmes, le sourire, le rire, la peur, la colère en voyant l’ego alter comme alter ego, par ma capacité de ressentir les mêmes sentiments que lui. Comprendre dès lors comporte un processus d’identification et de projection de sujet à sujet. […] La compréhension, toujours intersubjective, nécessite ouverture et générosité. (Edgar Morin, La tête bien faite)

La grande fatigue de l’existence humaine n’est peut-être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c’est-à-dire immonde, atroce, absurde. Cauchemar d’avoir à présenter toujours comme un petit idéal universel, surhomme du matin au soir, le sous-homme claudicant qu’on nous a donné. (Louis-Ferdinand Céline,Voyage au bout de la nuit)

Lorsque les Kikuyus ont la permission de suivre leurs coutumes, ils n’enterrent pas leurs morts, ils les posent sur le sol et laissent aux vautours et aux hyènes le soin d’arranger les choses. Cette coutume m’avait toujours plu. Il me semblait que c’était une bonne chose de rester ainsi librement sous le soleil et les étoiles, d’être liquidé et purifié d’une manière aussi nette et rapide, de finir par ne faire plus qu’un avec la nature et le paysage et de sentir pleinement ce qui se s’y passait. (Karen Blixen, La ferme africaine)

Je suis venu  vers vous sans savoir mon dessein Mon amour m’entraînait et je venais peut-être Pour me chercher moi-même et pour me reconnaître. (Racine, Titus)

Car les réalités qui font le monde, elles ont besoin du non-réel pour qu’en partant de ce dernier on puisse les reconnaître. (Ingeborg Bachmann, Le cas Franza)

On ne peut pas asservir l’homme qui marche. (Henri Vincenot, Les étoiles de Compostelle)

Ne peuvent sentir la différence que ceux qui possèdent une individualité forte. (Victor Segalen, Essai sur l’exotisme)

Il lui semblait percevoir, dominant tout autre bruit, le roulement monotone, sourd et menaçant d’un tambour annonciateur d’une catastrophe. (Karen Blixen, Le champ de la douleur)

Je veux dire par là qu’accepter la vie telle qu’elle nous est donnée, c’est accepter l’imprévisible. Kundera, La valse aux adieux)

Il me semble que tous sont préoccupés et distraits et ne prennent pas garde quand nous passons. Comme si une étoile filante tombait et que personne n’eut fait de vœu. N’oublie jamais de faire ton vœu, Malte. Car il ne faut jamais cesser de désirer. Je crois qu’il n’y a pas d’accomplissement mais il y a des vœux à longue échéance, qui durent toute la vie de sorte qu’on ne pourrait attendre leur accomplissement. (Rainer Maria Rilke)

Soyez compatissants, toute personne rencontrée mène un rude combat. (Philon d’Alexandrie)

Que sont les hommes en comparaison des roches et des montagnes? (Jane Austen, Orgueil et préjugé)

C’est à ce chantre que je pensais dans mon poème « La Terre ». Le chantre chantait le feu et les étrangers, et le soir était le soir… Cet homme traqué par l’armée israélienne nous l’entendions de nuit, et il disparaissait le jour. Il portait le voyage dans sa voix, sa poésie et son chant. Il racontait son histoire de fugitif traqué. Sa quête des siens. Comment il escaladait des montagnes, descendait des vallées. J’ai alors réalisé que les mots pouvaient porter la réalité, ou l’égaler. (Mahmoud Darwiche, La Palestine comme métaphore)

Chaque homme a éternellement à choisir, au cours de sa vie brève, entre l’espoir infatigable et la sage absence d’espérance, entre les délices du chaos et celle de la stabilité, entre le Titan et l’Olympien. A choisir entre eux, ou à réussir à les accorder un jour l’un à l’autre. (Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien)

La parole humaine se situe à mi-chemin du mutisme des bêtes et du silence des dieux. Mais entre ce mutisme et ce silence, il existe peut-être une affinité, voire une promesse d’évolution que l’irruption de la parole oblitère à tout jamais. Le mutisme bestial du petit enfant s’épanouirait peut-être en silence divin si son apprentissage du tumulte social ne l’embarquait pas immédiatement dans une autre voie. (Michel Tournier, Les météores)

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