Empathie, calice où se noiera votre mal!

indexCohn (…) dit que le but de la thérapie consiste à aider le client à découvrir des parties de sa vie qu’il n’investit pas et à lui donner l’espace de décider s’il a envie de se les approprier. (p.61)

« Une transaction empathique se produit lorsque le thérapeute communique… sa compréhension de ce que ressent le patient et que ce dernier ressent qu’il est compris. » (Clark 1991)(p.61)

Si la cliente ressent sa tristesse comme de la colère, elle a besoin d’être entendue à ce niveau de communication ‘racket’ avant de se sentir suffisamment en sécurité pour aller plus loin. (…) Le lien d’empathie finit par permettre à la cliente de se sentir suffisamment en sécurité à un niveau ‘non pensé’ pour réactiver des besoins non satisfaits, inhérents à son développement et des besoins qui avaient été étouffés jusque là. (p.61)

Avant de poursuivre, nous voulons en dire un peu plus sur ce que nous entendons par « empathie » et, plus important encore, sur ce qu’elle n’est pas. Le Dictionnaire Chambers du XXème siècle définit l’empathie comme « la capacité de s’introduire dans la personnalité d’une autre personne et de vivre son expérience par l’imagination ». (…) Voici une longue citation de Rogers (1980) dont les mots semblent renfermer une bonne partie de la complexité du concept : « Cela veut dire pénétrer dans le monde perceptuel de l’autre et s’y sentir tout à fait à l’aise. Cela implique d’être sensible, au fur et à mesure, aux changements de signification que la personne attribue aux sensations qui ruissellent en elle, à la frayeur, à la rage, à la tendresse, à la confusion ou à tout ce qu’il ou elle ressent, qu’elle qu’en soit la nature. Cela veut dire vivre temporairement la vie de l’autre en s’y mouvant délicatement sans faire de jugements; cela veut dire percevoir intuitivement des significations dont il ou elle est à peine conscient(e), mais sans essayer de mettre à découvert totalement des sentiments inconscients, puisque ce serait trop menaçant… Cela veut dire, vérifier fréquemment avec la personne l’exactitude de votre perception et vous laisser guider par les réponses qui vous sont faites ». (p. 63)

Le deuxième type de transfert négatif se produit quand le patient « branche » une introjection persécutrice pour éviter des ressentis douloureux et désavoués. Un patient, qui avait vécu des expériences de punitions corporelles très brutales, dès son plus jeune âge, se mit tout à coup en colère contre sa thérapeute. Celle-ci fut surprise car ils avaient eu jusque là une relation accordée et empathique. Cependant, sans qu’elle y prit garde, le patient s’était peu à peu senti envahi par les sentiments que stimulait leur proximité dans la relation. Il « lança » alors sur elle son Parent persécuteur introjecté. La thérapeute se sentit piquée au vif, et traitée injustement. Elle eut l’impression d’être mauvaise et ressentit le mépris profond qu’il avait introjecté, envers la chaleur et la vulnérabilité qui sont le propre de l’être humain. Guntrip (1962) reconnaît ce processus comme étant une profonde anxiété à l’idée d’être « dévoilé »; « … les patients ressentent une intense frayeur tandis que le Moi Régressé se rapproche du conscient. Ce moi régressé fait surgir une peur de solitude absolue et irrémédiable et, en même temps, malgré tout, une peur de la relation avec le bon objet dans la mesure où elle pourrait se révéler étouffante ». Au fur et à mesure que la thérapeute comprenait mieux la frayeur de son patient, ils se sentirent plus à l’aise face à cette dynamique. Elle se sentait quelquefois incitée à dire quelque chose de chaleureux, en résonance avec le soi vulnérable de son patient. Quand elle s’y risquait, il lui répondait avec une dureté et une brutalité qui se mit à diminuer au fur et à mesure qu’ils en exploraient les racines. Il semblait que c’était non seulement le P1- introjecté mais que cela faisait également partie de son sens inné d’auto protection, ce qui le mettait à l’abri de croire que quelqu’un pourrait l’aimer. Dans un attachement comme celui-ci se trouvait l’espoir merveilleux d’une ‘bonne relation’ tout autant que la peur de voir se répéter les trahisons terribles qu’il avait déjà endurées. (p.96)

‘L’identification projective est un concept qui concerne la manière dont les états du ressenti correspondant aux fantasmes inconscients d’une personne, celle qui fait la projection, sont produits et traités par une autre personne, celle qui fait la projection, celle sur qui s’effectue la projection. Il s’agit de la manière dont une personne se sert d’une autre personne pour expérimenter et contenir un aspect d’elle-même.’ (Ogden 1982/1992) (p. 97)

‘Les sentiments sont en équilibre sur le seuil même qui sépare l’être du connaître ; ils ont, de ce fait, un rapport privilégié avec la conscience.’ (Damasio 1999) (p.100)

Ce genre de processus implique obligatoirement un type de songerie introspective car on ne peut pas forcer l’inconscient à livrer des informations. Elles émergent si on leur en donne l’espace : « En cultivant une sensibilité émotionnelle spontanée, l’analyste accueille des informations du plus profond de lui-même, informations qui signalent leur existence par des intuitions, des sentiments, des images flottantes, des fantasmes… pour rencontrer le patient, nous devons d’abord les rencontrer à l’intérieur de nous-mêmes » (Bollas 1987) Ce processus nécessite donc, avant tout, notre consentement à nous impliquer d’une façon créative pour répondre aux messages émotionnels que nous recevons à la fois de ‘notre moi’ et de ‘l’autre’. (p.101)

Contre-transfert transformationnel – L’aspect le plus important de ce type de transfert réside en une tentative d’induire un sentiment ou un ressenti chez le thérapeute pour que ce dernier lui fasse subir une transformation, d’une manière ou d’une autre. Le thérapeute va ainsi ressentir intérieurement quelque chose de bizarre et d’inconnu, quelque chose qui ‘ne lui appartient pas’. C’est un peu comme si une entité étrangère avait pris racine dans le psychisme du thérapeute. Une réponse courante consiste à se débarrasser de cette sensation dès qu’elle se produit ou bien en exprimant une réaction émotionnelle. Il est indispensable de ne rien faire avant qu’une analyse fine ne permette au thérapeute d’intervenir de la façon la plus efficace sur le plan thérapeutique, ce qui pourrait bien être de ne rien faire du tout ! (p.116)

La capacité du thérapeute à recevoir, à répondre et à soutenir la relation, tout en offrant un ‘contenant’ est essentielle dans le traitement des troubles du développement. ‘C’est un type particulier de communication qui vient de l’inconscient et qui est perçu inconsciemment ; on peut y parvenir par le biais des sentiments de contre-transfert qui sont générés par la communication projective’ (De Paola 1990). Ce processus inconscient implique que le patient se débarrasse d’une partie de lui-même, non-désirée en temps normal et qu’il l’introduise chez le thérapeute. « Les parties ‘mauvaises’ du soi sont clivées et projetées sur l’autre dans l’effort de débarrasser le ‘soi’ de ses ‘mauvais objets’, lesquels menacent de le détruire de l’intérieur. Ces mauvais objets sont projetés dans un effort de ‘contrôle et de prise de possession de l’objet-thérapeute’. » (Ogden 1982/1992). Le destinataire de la projection se trouve lui-même, ou elle-même, en train de ressentir, de penser et de se comporter d’une façon congruente avec les ‘représentations d’objet’ concrétisées dans le fantasme projectif de l’émetteur. (p.117)

Quand l’autre est en mesure de contenir les sentiments projetés, l’enfant intériorise une nouvelle version modifiée, d’une manière qui lui donne du sens. En d’autres termes, le petit enfant développe la capacité de donner du sens à son expérience.

Extraits de Helena Hargaden & Charlotte Sills, Analyse transactionnelle : Une perspective relationelle, Éditions AT

AVIS

J’ai lu ce livre alors que je ne suis ni en analyse, ni thérapeute. Mais j’y ai trouvé des réponses très claires sur ce qui se trame dans les relations. On y comprend de quoi est tissé cet entre-soi où se manifestent les contenus inconscients. La communication se joue à d’autres étages qu’au simple face à face. Les autrices donnent un texte abordable aux non-spécialistes, et les cas rapportés, qui concernent la relation du thérapeute et de son patient, peuvent être transposés à toutes les relations me semble-t-il, non pas pour s’improviser guérisseur (elles précisent bien les enjeux de la tâche du thérapeute, et de la relation thérapeutique) mais pour tenter de comprendre ce qui échappe à la communication rationnelle et au dicible. Passionnant pour qui se sent concerné par la problématique.

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