A Cassandre/ Ossip Mandelstam

A Cassandre

Je n’ai jamais, aux instants qui scintillent,
Cherché tes lèvres ni tes yeux, Cassandre,
Mais quand décembre vient – solennelle vigile – ,
Le souvenir nous hante.

Et en décembre de l’année Dix-sept
Nous avons tout perdu, ainsi qu’on aime:
Tel fut pillé par le vouloir du peuple maître,
Tel autre s’est pillé lui-même…

Un jour prochain, dans la démente capitale
Sur la Néva, chez les Scythes en fête,
On viendra au bruit du plus ignoble des bals
Arracher le châle de la sublime tête.

Si pourtant cette vie au délire s’enchaîne
Et les hautes maisons sont des forêts de mâts,
Alors envole-toi, peste hyperboréenne,
Ô victoire sans bras!

Sur la place aux autos blindées
J’aperçois un homme – il s’emploie
A effrayer les loups avec des tisons enflammés:
La liberté, l’égalité, la loi.

Dolente et muette Cassandre,
Tu gémis et brûles… Pourquoi, vraiment,
Brillait le soleil d’Alexandre,
Brillait pour tous il y a cent ans?

Ossip Mandelstam
1917
(traduction d’Henri Abril)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s