Se terrer et ne pas dormir

J’arrondis l’écriture comme des flashs de misère.

Il y en a toujours à se terrer, errer quelque part, en train d’espérer qu’elles y seront seules au moins pour un temps déterminé, déterminé par un début – une chute, un trébuchement, un sommeil volontaire -, et déterminé par une fin – un baiser, un frémissement de muscle d’omoplate, une sortie de matrice mâle par une main nerveuse, une main à nervures veineuses.

Elles cherchent sous leurs pieds, lassées de faire semblant que tout se joue à hauteur de regard. A la pointe des orteils, l’air de ne pas y tenir, elles arrachent quelques mottes de terre, ça leur rentre sous les ongles, ça leur fait des pieds de troll. Trois drôles à se masser la plante à de la terre sèche et rugueuse, surprises par le plaisir que prend le pied sous la griffe rèche.

Alors elles cherchent plus bas, plus loin, où l’humidité se rencontre.

On ne mettra pas de lit où l’humidité se laisse présager. Il est impossible de dormir dans la condensation de l’air, et sous terre, n’en parlons pas.

Sous terre, on rampe et on écoute. On écoute du Bach au saxophone, un son qui traîne depuis loin, un Bach décomposé en longues notes étirés, qui fout le blues aux limaces, qui se pendent aux racines des séquoias, qui sentent le poids des ans et regrettent, sans qu’ils y puissent rien, leur immortalité génétique.

Sous terre, on se lacère de liane foetus en liane morte-née. Toujours entre émerger ou se décomposer. Entre naître ou renoncer.

Sous terre, la fille-terrier cache son soleil. Elle creuse des cavités et des galeries et elle y encachette tous ses mots clés. C’est une fille à entrées multiples. Elle déjoue les myopes à paluches tripoteuses qui avancent dans le noir en autonomie tactile. Elle comptabilise les ramifications, elle tresse les racines entre elles, elle recrée des univers qui se syncopent à son rythme cardiaque. Elle poursuit le flux du coeur et aime les failles de lumière qui se creusent à la cime de ses tanières, comme des fêlures d’or, comme des cieux de terre raccommodés.

Il y a la fille-suave qui ne procède que par noirs très purs, d’un éclat diamantin. Elle oscille par ignorance, alors que le laser pointé de son intuition indique sans coup faillir, quelle que soit son orientation sous les étoiles, la porte de sortie dans chaque décor crépusculaire. Elle quitte comme d’autres entrent en religion. Elle laisse derrière soi et n’a aucun regard. C’est sa nuque qui crée l’ombre où se fertilisent les mémoires.

©CatherinePierloz/2016

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