Chemin de chutes

Je serpente.
De toute façon, je serpente.
De droite à gauche, qui plus est.
J’enrubanne un territoire que j’explore en descendant.
Je vous présente une face ou l’autre.
Vous n’aurez jamais accès à moi, en complétude.
Et quand je torve, vous n’avez plus rien de moi.
J’étais franche dans mes débuts.
Une certitude sans faille.
Je connaissais la direction et je m’y suis jetée entière.
Rapidement, j’ai suffoqué.
Je m’étiolais.
J’ai voulu remonter.
Ça m’a réussi, un temps.
Mais l’attraction m’a rattrapée.
Il y avait la faille à traverser.
On la traverse plus facilement en marchant de biais qu’en cédant à la chute, même si la chute est essentielle.
Je n’ai pas senti distinctement le moment du passage.
La peur m’avait déjà bleui les traits parce que je la voyais se profiler.
Elle avait mon visage en transparence et j’en suis restée exsangue un certain temps.
Puis l’habitude a fait son œuvre, j’ai retrouvé mon autre bord, celui qui me compose une figure, j’ai amorcé la courbe d’une résurrection, trouvé quelques marques çà et là à défaut de réponses définitives.
J’ai connu une rechute exploratoire, ai dépassé la pure survie.
Il est temps que je reconnaisse ce qui dans l’après-faille me constitue.
Petit à petit, je gagne en élévation, et mes chutes ne sont plus un désir de conquête mais pure jouissance d’un corps qui tombe.

 

©CatherinePierloz2014

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