Je vais mourir

Je vais mourir.

Je ne sais pas quand ils viendront.

Parfois j’ai envie de raconter. Mais il n’y a personne. Et je ne sais pas où tu es. Je ne sais pas si tu vis encore. Tu m’as laissée dans le silence. Tu es partie. Le silence bourdonne. Je parle tout haut. Je dois dire avant d’écrire. Sinon je ne trouve pas les mots. Je n’aime pas les mots. Ils manquent de fierté. Ils se lamentent.

Le silence c’est un océan. Tu aurais pu l’explorer. Souvent, je pense ça. Si tu étais restée, tu l’aurais exploré. Il se rapproche. Il m’empêche de respirer. A cause de lui, j’ai pleuré. Tellement souvent que je n’ai plus honte aujourd’hui.

Les images sont là tout le temps. Chaque seconde de ma vie est cachée dans un recoin de ma tête et je ne le savais pas. Les images circulent. Parfois, il y en a une qui s’éclaire. Tout est là, chaque sensation, tous les bruits. Rien n’est oublié. J’aurais préféré oublier.

Il y a toujours à boire. Quand j’ouvre l’armoire, il y a toujours du saké. Je n’en achète jamais. Il y a toujours du pain aussi. Je le donne aux oiseaux. Parfois la vaisselle est faite. Quelqu’un a réparé la fenêtre de ta chambre. La branche du sapin l’avait cassée. Il y a eu une tempête. Le vent tournait autour de la maison comme un animal qui veut entrer. J’aime ça. Ça chasse le silence. Puis j’ai entendu le verre se briser. J’ai cru que t u étais revenue. Mais quand j’ai poussé la porte, il n’y avait personne.

Il n’y a jamais personne. Tu es partie.

Il n’y aura plus jamais personne.

Celui qui vient, je ne le vois jamais. Il attend que je sois sortie. Je sors tous les jours. Je vais où tu allais. Mais c’est différent aujourd’hui. Tout est devenu mort. C’est devenu un cimetière. Les arbres sont encore là. Ils grandissent. Ils perdent leurs feuilles et elles repoussent. Mais leur cœur s’est brisé. Plus rien ne palpite. Ils sont aussi vides que moi.

Des carcasses qui attendent.

Celui qui vient, c’est Yvan. Je suis sûre de cela. Il est capable de ça. C’est sa présence qui alourdit tout. Il sème du gris. Je le chasserai à coups de fusil la prochaine fois.

J’ai pensé ça la première que je l’ai vu, cet homme-là est si gris qu’il va avoir besoin de me manger. Pourtant je l’ai épousé.

Il y avait trop d’amour dans son regard. Quelqu’un qui a autant de passion dans le regard, c’est un affamé qui croit que c’est lui qui va te nourrir.

Je l’ai épousé parce que je l’ai détesté, immensément, immédiatement.

J’ai voulu le punir d’avoir osé m’aborder. J’ai voulu punir son manque de pudeur. Ceux qui aiment vraiment restent impassibles. Leur visage est de glace. Un homme séduit par sa présence silencieuse. Il est là et se tait. Il baisse les yeux respectueusement.

Yvan m’a aimée dès qu’il m’a vue. J’étais assise sur un banc dans un parc. C’était le printemps. Il s’est assis à côté de moi, j’ai tout de suite senti qu’il n’était pas tranquille. Il s’est brusquement tourné vers moi et s’est mis à parler très vite, fiévreusement. Il a dit qu’il m’avait regardée longtemps. Qu’il y avait des arbres en fleurs derrière moi. Que le soleil faisait des ombres étranges sur mon visage à travers les branches. Il a dit que j’avais un regard de sphinx qui sonde l’infini. Il a dit que derrière mes yeux s’ouvrait un autre monde. Ce sont ses mots. Je m’en souviens très bien parce que j’ai pensé : toi, tu crois que tu me traverseras comme on passe une porte vers un autre monde, plus merveilleux. Et bien, attends-toi à cela, tu ne franchiras même pas le seuil.

Il a ajouté qu’il y avait en moi une tristesse qui dépassait toute expression. Une tristesse qui n’attendait aucune consolation.

Mais il n’y a pas de tristesse en moi. Je m’en souviens très bien. J’étais bien, cet après-midi-là, juste bien.

J’aurais du te raconter cela quand tu étais près de moi. Tu aurais mieux compris.

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