Rayonnement

Séréna vient d’accoucher. Le bébéva bien mais les médecins sont formels : cette fillette n’a pas derayonnement de la personne et n’en aura jamais.

-Mais pourquoi dites-vous qu’elle va bien, alors ?,s’indigne Séréna.

Et les médecins de lui expliquerpatiemment que toute la machinerie semble fonctionner à merveille et qu’enterme médical, c’est extrêmement positif.

-Pourtant ne dit-on pas que ce qui compte, c’est lerayonnement de la personne ?, ajoute encore, pensive, une Séréna trèsdéconcertée.

Et les médecins de lui expliquer que tout ce qui n’est pas de l’ordre de la machinerie n’est pas de leur ressort, et bien le bonsoir madame, et encore félicitations pour ce beau bébé !

Alors Séréna se tourne péniblement vers le berceau à côté de son lit. Le bébé est couché tranquillement, les yeux déjà grands ouverts, bleus et calmes, il regarde sa mère se mouvoir vers lui avec difficulté, il enregistre chacun des mouvements de sa chemise de nuit de gros coton blanc, elle se plisse aux épaules, cela fait des boursouflures qui évoluent par à-coups. La mère pousse de petits cris et souffle, on dirait un monstre marin qui émerge de l’épaisse literie immaculée. Et soudain, l’enfant en reste choqué – il s’était perdu dans les plissements de terrain du tissu – une grande face un peu rougeaude aux cheveux ébouriffés et aux cernes très marquées pend telle une ampoule aux dimensions démesurées au-dessus de sa toute petite nouvelle tête, et lui sonde le visage de ses deux yeux globuleux et fixes. Ces deux globes anxieux accrochent son regard et cherchent à franchir l’écran des iris bleus et calmes, cherchent à sonder le minuscule cerveau qui se déploie déjà à toute vitesse, emmagasine des images, les stocke, les classe, contours, couleurs, mouvements, agréable, désagréable. Les deux globes anxieux cherchent à forcer le regard bleu et calme et cela fait mal. Cela blesse le bébé, agression douloureuse et incompréhensible, il plisse ses petites paupières et pleure. La mère se redresse et se détourne, murmure :

-C’est vrai, cet enfant n’accroche pas le regard. Ha lala, pauvre de nous, un bébé sans rayonnement de la personne…

Ces paroles murmurées ont passé la bouche de la mère comme un souffle et un air froid s’est

répandu dans la chambre, vent glacial qui a enveloppé le bébé. Il a bleui, il a tremblé. Ses grands yeux bleus et calmes se sont ouverts  à nouveau et il est resté hypnotisé par des volutes d’air gelé qui sortaient de la bouche de sa mère quand elle geignait sans pouvoir s’arrêter :

– Ho la la, ho la la, ho la la,…

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