Se déployer

Il s’était réveillé ce matin, extrêmement irrité comme chaque matin, pestant contre cette sensation diffuse de tiraillement dans les épaules et dans le dos. Il s’est assis sur le lit, mine renfrognée, exaspéré de devoir vivre encore ce jour-là aussi, un de plus, un en plus. Ca n’a pas de fin ça les matins. Tous les matins se réhabituer à se sentir pesant, tous les matins le poids des choses qui revient en vrac. C’est ça qu’il grommelle.

Sa femme fait semblant de rien. Puis elle jette un oeil. Elle se redresse. Elle bégaie : Mais… mais… tu es devenu un goéland!

-Hein! Mais avec quoi elle vient celle-là!

Il se lève. Il se dandine jusqu’à la cuisine. Elle le suit, les yeux ronds. Elle répète trois fois :

-Mais! tu es devenu un goéland!

A la troisième il veut lui foutre une claque, exaspéré comme il l’était déjà avant d’entendre ces inepties. Alors il lui fout une claque, mais elle sent un frôlement plutôt doux, quelque chose d’aérien. Lui il est étonné de ne pas entendre le claquement sourd du coup de poing. Il recommence en écoutant mieux. Pas de claquement mais quelque chose comme un grand vent. Sa femme aime bien. Lui, il fronce les sourcils, il commence à sentir du louche.

-Ca me tire toujours, il dit, pour changer de sujet.

-C’est parce que tu ne te déploies pas assez, qu’elle répond, en riant doucement.

Se déployer, ça veut dire quoi, ça?

-Tu es bizarre aujourd’hui, il lui dit, en plissant les yeux d’un air suspicieux.

©Catherine Pierloz2004

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