La masquée #Les Portraits

Il m’avait dit un jour : « Trouve-toi un masque. La vie sans masque c’est un matin sans oiseaux, un matin où plus rien n’est plus à découvrir, derrière un toit, un arbre, un chemin…. » Je lui avais demandé où trouver ce masque mais il ne m’avait plus répondu…

J’ai cherché depuis, dans des couleurs lointaines, ce visage qui me raconterait mieux que le mien mais qui tromperait tous ceux qui oseraient me connaître (m’étiqueter, m’identifier, me classer). Dans les couleurs chaudes d’une Afrique lourde de sons lents, j’ai entendu monter des vallées rouges de soleil du soir, des rythmes pesants sur lesquels des masques chargés et bariolés cachaient leurs sentiments personnels pour mieux revivre leur passé, leurs ancêtres, leur histoire. Ô, sagesse animale des vieillards d’Afrique, êtes-vous masque ou esprit, réalité ou illusion ? C’est votre mystère qui me séduit, c’est votre mystère qui vous élève très haut au-dessus des rampants. Ces vils personnages qui ont abandonné le masque trop lourd, une culture trop scrupuleuse, qui sont comme des vers nus, tout compte fait. Ils seront un jour appât au bout d’un hameçon et cela sera normal. Personne ne les a connu autrement. C’est vrai! Qu’y a t’il à tirer de ces visages blêmes qui ne dissimulent plus rien puisque l’émotion ne colore plus leurs yeux fades. Alors que des trous du masque, l’interprétation est infinie… et jamais définie vraiment.

Mon masque, je le cherche toujours, je me camoufle à leurs yeux, je me transforme aux miens sans cesse et en tourments. Mais qu’est-ce qui est immuable sur terre?

C’est Venise, Venise et ses visages peints qui m’a retenue. L’amour aux multiples et légendaires faces s’y est déguisé. Un arlequin m’a saisie derrière une église où je me tenais pour mieux attiser mon mystère. Il m’a dit : » ô gente dame sans faux-visage, que dissimulez-vous sous cet air de Madone déchue? Venez, je vais vous présenter Venise et vous ne pourrez qu’en rire. Elle est tellement lunatique cette vieille amie, ses sautes d’humeur font mon bonheur. Mais sans vous peut-être que rien n’aura plus jamais le même goût… »

Je l’ai suivi et ne l’ai plus quitté, cet arlequin. Il faut dire qu’il était aussi Pierrot, lune triste ou lion doré derrière son premier masque. Son mystère m’a enchaînée, son âme changeante m’abrite de mes déceptions de moi-même puisqu’il accepte sans s’étonner n’importe laquelle de mes expressions.

ô toi, qui me conseillais un masque, pourquoi ne m’as-tu pas dit qu’il dort en nous, pourquoi ne m’as-tu pas suggéré qu’il suffisait qu’un quelconque quidam le trouve beau, ce masque, pour qu’il existe?

Tiens, peut-être même qu’un ver nu est parfois un reflet de Vénus? Nos yeux décident…

©CatherinePierloz-1995

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